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A la recherche de l’Amour sur la toile…

Ils ne s’étaient jamais vus.

Ils s’étaient rencontrés sur la toile et depuis le premier soir ne s’étaient plus quittés. Chaque nuit les retrouvait enlacés dans leurs dialogues interminables, prudents au début, attentifs l’un à l’autre, tâtonnant dans la pénombre de leur univers virtuel. Elle, habituée à ce genre de rencontre laissait venir, amusée. Lui, tout neuf encore à cette pratique, observait, explorant les limites.

Faire connaissance avec quelqu’un sans le voir ni même entendre sa voix constitue une expérience fascinante. Seuls comptent les propos échangés, écrits, donc inévitablement l’observation porte sur la qualité de la langue et le contenu. C’est très peu mais c’est aussi tellement pointu que cette découverte étroite invite à aller à l’essentiel. C’est aussi un terrain de jeu qui invite à l’audace, plus facile à assumer lorsque distance et anonymat protègent les protagonistes du passage à l’acte.

Ils s’étaient plus dès le début, enchantés par cette joute intellectuelle tellement plus stimulante que ce qu’ils avaient connu précédemment. Ils jouaient au chat et à la souris, s’effleurant en paroles, se titillant en douceur, se provoquant parfois sans ménagement. Il aimait son intelligence fine, elle était séduite par son audace. Plus elle restait sage, pudique, raisonnable, plus il avait envie de la dévergonder. Et plus il se montrait provocant, câlin, coquin, plus elle résistait à l’appel de la séduction.

Excédé par les limites qu’imposaient le net, il s’en plaignit à elle, qui amusée, reconnût qu’il s’agissait un peu d’une partie de colin-maillard. On avance à tâtons et on se découvre de façon assez inhabituelle. Cette idée le poursuivit tard dans la nuit et eût immédiatement pour effet de libérer un peu plus son imagination. Il aimait une ombre, une image, il aimait chez cette femme tout ce qu’il croyait vouloir trouver chez une partenaire, un mélange de force et de gentillesse, l’alchimie même de la séduction. C’est un peu trop beau pour être vrai, se disait-il.

Effectivement, c’était trop beau et c’est là le piège. Par le truchement de la toile, il piochait dans ce profil apparemment parfait et trouvait les quelques clés nécessaires pour s’enflammer. Le contexte est tellement propice aux fantasmes !

Parmi ces candidats aux rencontres, un certain nombre n’est là que pour les aventures coquines. Grand bien leur fasse, mais ils ne concernent pas nos internautes. En revanche, il existe aussi une catégorie de gens réellement motivés à établir une rencontre qui déboucherait sur le long terme et qui utilisent ce mode de contact parce qu’ils mènent une vie très remplie et qui ne présente pas assez de nouvelles possibilités de rencontre. Ceux-là ont souvent un rapide désir de sortir du jeu de cache-cache et ne restent pas très longtemps en stand by sur ces sites. Mais nombreux aussi sont ceux qui souhaiteraient retrouver l’Amour, mais n’en sont tout simplement pas capables, et c’est aussi pour ça qu’ils se trouvent sur ces sites. Parce qu’ils n’arrivent pas à nouer de bonnes et vraies relations dans la « vie réelle ». Soit qu’ils manquent cruellement de confiance en eux, soit qu’ils courent derrière des chimères, sont perpétuellement indécis, jamais contents, toujours méfiants, paralysés par des échecs précédents, amoureux de leurs propres fantasmes, oscillant tels des yoyos entre l’excitation d’avoir enfin trouvé l’âme soeur et la déception de cette rencontre somme toute assez imparfaite, bref, incapables d’entrer dans la rencontre réelle avec l’être de chair et d’os, et tout son baluchon, qu’ils ont en face d’eux.

Certes, nous pouvons tous avoir une « amour idéal » en nous, modèle parfait de ce que nous rêverions de trouver, mais qu’en fait-on lorsqu’on est face à quelqu’un de bien vivant, qui n’est « pas mal du tout », mais pas vraiment « idéal » ? Est-ce qu’on tire le modèle idéalisé vers le personnage réel, en demandant à ce dernier, consciemment ou non, d’y correspondre au plus près ? Ou est-ce qu’on remet en question ce « cahier des charges » du partenaire parfait en le laissant se dissoudre dans l’ombre de notre partenaire réel ? Choisissons-nous le risque du réel ou préférons-nous le refuge du rêve ?

Personnellement, je suis plutôt favorable à ce petit dicton pas si stupide qu’il n’y paraît : «Il y a plus de rêve dans la réalité que de réalité dans le rêve… » A méditer !

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