Retour à la liste des articles

Je voudrais que tu m'aimes comme avant

Est-ce que tu m’aimes encore ? Je voudrais que tu m’aimes « comme avant », lui dit-elle un soir. Tu ne m’aimes plus comme avant…

Comme avant quoi ? Comme avant la crise, comme avant les larmes et les premières blessures, comme avant ces prises de bec qui ont entrainé les premières désillusions, les premières nuits chacun sur son bout de matelas, les premiers matins silencieux, les premiers doutes…

Tous les couples peuvent passer par ces moments de désillusions, ces moments où l’on se réveille à côté de l’autre en se demandant ce qu’il fait là, ces moments où on se demande si on ne s’est pas trompé de partenaire, si on l’aime assez ou s’il nous aime comme on en a besoin. Ce qui est sûr, c’est que quelque chose a changé. On ne s’aime plus comme avant et avant c’était si bon. Avant, c’était la passion, la certitude d’avoir trouvé « la bonne personne », d’avoir eu cette chance inouïe de croiser son chemin, d’avoir rencontré son « âme sœur ». Avant, on riait tous les jours et on faisait l’amour tous les soirs. Et les après-midis. Et au petit matin… Avant, il était plein d’attentions, offrait des fleurs et laissait des mots doux sur le miroir de la salle de bain, elle le trouvait même mignon dans son sommeil, même quand il ronflait la bouche ouverte… Avant, elle l’admirait inconditionnellement et riait de toutes ses blagues, elle était pétillante et désirable, même au saut du lit…

Maintenant, tout cela ne les fait plus rire et le quotidien s’est imposé avec son cortège de frustrations, de stress et de fatigue. Depuis lors, elle se demande comment elle a pu apprécier sa légèreté qui ne lui apparaît plus que comme une suite de gamineries. Quant à lui qui appréciait tant son sens de l’organisation qui lui faisait personnellement défaut, il ne le ressent plus que comme une oppression ou un contrôle culpabilisant. « Tu n’es pas ma mère » lui crie-t-il ! « Arrête de jouer au gamin » lui répond-elle ! Et les portes claquent, les mots durs dépassent les pensées et on s’endort triste ou exaspéré.

Peut-on alors s’aimer comme avant ? Peut-on encore remonter le temps, effacer les blessures et oublier les doutes ? On aimerait tant pousser sur la touche REWIND et revenir au « temps des cerises », des câlins insouciants et des mots enflammés, mais le temps ne coule que dans un sens, les traces de ces moments douloureux sont là comme des cicatrices et ne s’effacent pas par magie.

La passion nous a jeté l’un vers l’autre et a été nécessaire pour nous permettre de nous découvrir dans la confiance, ensuite la réalité de nos diversités s’est immiscée petit à petit entre nous, créant ces dissensions de plus en plus fréquentes, elle nous pousse à comprendre que la fusion n’est pas saine, qu’elle n’est qu’illusion, que la fusion, en somme n’existe pas. Ce n’est pas un repère de bonheur, ce n’est pas un critère de qualité relationnelle, ce n’est que le tendre souvenir, inscrit au plus profond de nos cellules, de cette période qui fût la première de notre vie, celle où pour survivre, nous avons commencé par fusionner avec notre maman, par croire que nous n’étions avec elle qu’un seul et même être, tant sur le plan physique que psychique. Au fil des mois et des années, nous avons tant bien que mal appris à nous différentier d’elle et nous sommes devenu cet être adulte solide et sensible, fort et fragile à la fois, cet être qui a touché durant quelques mois ou quelques années le bonheur ineffable d’un amour parfait et qui voudrait maintenant que les nuages disparaissent.

En amour, chaque étape a son sens, qu’elle soit bienvenue ou non et ce n’est jamais par hasard que deux êtres s’attachent l’un à l’autre. Ils s’inscrivent en creux et en relief dans le psychisme de l’autre, ils illuminent des zones d’ombres, réveillent de vieux démons et même si ces moments sont difficiles, ils sont déclencheurs de prises de conscience et nous mettent au pied du mur. Alors, stop ou encore ?

Si c’est « encore », c’est apprendre à vivre avec ces prises de conscience, c’est se mettre en question, évoluer, mûrir, comprendre et considérer la difficulté moins comme un obstacle à abattre ou à surmonter que comme une marche d’escalier, haute peut-être, difficile à appréhender sans doute, mais qui permet de grandir et de voir le monde avec un peu plus de recul, de sagesse et de maturité.

Réagir à cet article

Retour à la liste des articles