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Malheureusement, j’aime encore ma femme…

Après 20 ans de vie commune et 3 enfants, Stéphane se retrouve seul, son épouse ayant décidé de voguer vers d’autres bonheurs. C’est la douche froide, l’incompréhension, mais le désir de vivre pousse bientôt Stéphane à faire d’autres rencontres féminines pour tromper sa solitude. Son but, il est honnête en le reconnaissant, est juste de combler un besoin de câlins, de tendresse, mais il ne cherche pas le grand amour. Parce que, le grand amour, c’était sa femme.

Mais un jour il croise le chemin de Claire, pétillante et vive, intelligente et enjouée et tout bascule. Claire illumine sa tristesse, le fait rire, le stimule, rallume la flamme du désir, et malgré ses bonnes résolutions, il en tombe complètement amoureux. L’un et l’autre se remettent à croire au bonheur, pensent pouvoir définitivement tourner les pages malheureuses de leur vie d’avant et se laissent aller aveuglément aux délices de leurs nouvelles amours. Pendant un an ou deux…

Mais ça ne va pas comme ils veulent, ça grippe, ça coince, ça fait mal… Le passé rattrape Stéphane, ne le lâche pas, la nostalgie des bonheurs perdus le ronge. Claire qui a divorcé avec douleur puis soulagement, est prête pour une nouvelle tranche de vie, mais Stéphane garde avec la mère de ses enfants une vraie complicité et, dans le secret de son cœur, encore beaucoup d’amour…

Ils recroisent ma route 2 ans après l’émerveillement de leur rencontre dont je fus un témoin privilégié et je trouve un couple triste et enjoué, complice et tendu, courageusement amical… Je comprends vite qu’ils se sont entretemps séparés et retrouvés quelques fois et je lis entre les lignes les déceptions majeures qui suivent les grands espoirs.

Stéphane me parle de sa frustration de ne pas être capable de tourner la page de sa vie conjugale, Claire me dit combien elle aurait voulu être pour Stéphane celle qui lui aurait permis de fermer définitivement ce tiroir pour en rouvrir un autre. Ils croyaient s’être trouvés, ils sont en train de se perdre. Peut-être pas de se perdre l’un l’autre, parce qu’à l’évidence un lien fort les unit, mais de se perdre eux-mêmes… De perdre un bonheur possible parce qu’il n’arrive pas à effacer un bonheur ancien.

Les tourments de Stéphane et Claire représentent bien les difficultés que rencontrent les couples qui se reforment autour de la cinquantaine, avec un album de photos de famille rempli de scènes heureuses, mais aussi de souffrances et de déceptions. Chaque histoire est différente et les leçons à tirer varient, mais celle-ci m’inspire la réflexion suivante, au risque de choquer les esprits les plus classiques : pourquoi faut-il qu’un tiroir se referme pour en ouvrir un autre ? Ou est-il écrit qu’on ne peut aimer qu’une personne à la fois ? Est-ce vraiment impossible à Stéphane d’accepter son passé familial et conjugal comme il est, tout en vivant le meilleur de ce qu’il peut partager avec Claire ? Est-ce faisable pour Claire de cohabiter avec les souvenirs nostalgiques d’une épouse encore aimée ?

Ce n’est certes pas simple, cela ne ressemble sans doute pas à ce dont on rêvait, d’accord, mais quand le désir nous a jetés dans les bras l’un de l’autre, quand les rires et la complicité s’est installée entre nous, quand la relation est stimulante et porteuse de moments de bonheurs, faut-il s’empêcher de vivre ce qui se présente au titre que cela ne ressemble pas à une relation de couple normale ?

L’exigence que nous mettons dans nos relations amoureuses, les attentes que nous y plaçons, la nostalgie des premières amours passionnelles, l’omniprésence d’un discours rose bonbon sur l’amour-toujours ont un lien évident avec la fréquence des séparations et la difficulté de retrouver « chaussure à son pied ». Entre autre parce que ce n’est pas aussi simple, justement qu’une chaussure ! Mais l’allongement de notre espérance de vie et notre bon état de santé général nous permet de recommencer une ou plusieurs fois l’aventure amoureuse. Il faut alors comprendre et profondément accepter que ce ne sera plus jamais comme avant. Jamais plus on n’aura la fougue de nos 20 ans, la naïveté et les illusions qui nous ont jetés dans un premier mariage, le prochain conjoint ne ressemblera jamais au précédent, et il n’est souvent plus question de faire un nouveau nid pour y pondre quelques œufs. Tout est différent, à réinventer, et si la première page amoureuse a été heureuse, pourquoi diable faut-il l’effacer pour pouvoir s’offrir encore le bonheur d’être 2, de temps en temps ?

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