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Réinventer le couple

Depuis la nuit des temps et encore de nos jours dans de nombreuses contrées du monde, le couple est plus affaire de fonctionnement que d’amour. Progressivement, dans notre culture occidentale, la notion de besoin s’est effacée au profit de l’amour. Mais paradoxalement, depuis que l’amour est le moteur principal du couple, il n’y a jamais eu autant de divorces !

Cela demande réflexion.

D’abord, il faut relever qu’on a souvent tendance à confondre amour et désir, le désir étant par essence même une attirance pour ce que l’on ne possède pas. Une fois l’objet du désir acquis, cette tentation se calme et c’est là qu’on reconnaît s’il a été un bon guide ou non. L’amour en revanche, est un sentiment qui peut s’installer dans la durée et résister temporairement aux pannes de désir. Néanmoins, tout le monde sait combien ce sentiment est parfois vulnérable.

On pourrait penser que si le cerveau est le siège de l’amour (et non le cœur !), ce lien affectif qui nous lie à une personne préférentiellement a dû apparaître dans l’histoire de l’humanité depuis que nos ancêtres ont quitté leur statut animal. C’est en effet le développement de la conscience, parallèle au développement du cerveau vers sa complexité actuelle, qui fait le nid des sentiments nuancés et multiples qui nous font Humains. Et pourtant, ce n’est que récemment que l’amour est devenu un vecteur majeur dans la formation des couples et non plus les besoins de fonctionnement. Pourquoi ?

Premièrement, le besoin pour les femmes de la force musculaire de l’homme s’est atténué. Il n’est plus si nécessaire aux femmes d’aujourd’hui d’avoir près d’elles un homme qui les défend contre les ennemis ou les bêtes sauvages, ni qui fend du bois pour alimenter le foyer (et du coup, le mot foyer a glissé du sens « feu qui chauffe la maison » au sens « lieu où vit la famille, ou famille elle-même »…). La civilisation, les lois sociales, la police ou le thermostat ont pris le relais.

Deuxièmement, l’accès à des professions moins physiques et plus intellectuelles a donné aux femmes des salaires plus corrects et donc une autonomie financière qui les a libérées d’un autre besoin qui les liaient aux hommes.

Et pour terminer, la généralisation de la contraception a permis aux femmes une exploration et une écoute de leurs sentiments jamais autorisée auparavant. Elles deviennent bien plus libres de choisir leur partenaire et de le quitter si elles ne sont plus heureuses (70% des divorces sont demandés par les femmes…) et les hommes ont du coup dû changer leurs comportements et s’interroger plus finement sur la nature de ce qui les liaient à leur femme.

Cette évolution rapide de ce qui avait de tous temps unit les hommes et les femmes a introduit une remise en question profonde de la notion même du couple, de sa légalité (mariage ? pas mariage ?), de sa fonction (obligatoire pour avoir des enfants ? nécessaire pour protéger sa tribu ? nécessité sociale ?), de son fonctionnement (qui travaille à l’extérieur ? qui ramène l’argent ? qui s’occupe des enfants ?), de ses formes multiples (homo ? hétéro ? familles recomposées ? foyers monoparentaux ? couples de la cinquantaine ?), etc…

Les modèles de la génération précédente sont rapidement obsolètes, il faut réfléchir, tâtonner, essayer, inventer, créer… C’est plus compliqué, mais peut-être plus passionant. Cela amène inévitablement à s’interroger sur ce qu’on veut faire de sa vie, donc sur ses valeurs, sur ses priorités, sur son rôle. Mieux se comprendre, mieux se connaître pour se sentir plus en paix avec une vie de couple qui ne ressemble peut-être à aucun modèle, mais qui dans son originalité, dans sa flexibilité, dans sa créativité, nous convient. Aujourd’hui. Et si nécessaire, la réflexion continuera à chaque nouvelle tranche de vie. Pourquoi pas ?

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