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J'ai trompé ma femme

Je m’appelle Marc, j’ai 36 ans et j’ai trompé ma femme. J’ai honte de le dire, parce que je l’aime profondément. Ce que je ressens pour ma femme est doux, profond, sérieux, c’est un amour solide que rien ne peut ébranler, il me semble. Je passerai toute ma vie avec elle, cela ne fait pas de doute. C’est la mère de mes enfants et je l’aime vraiment. Cela n’a rien à voir avec la folie qui s’est emparé de moi récemment, lorsque j’ai commencé à flirter avec une autre femme. Au début, c’était juste un jeu, pétillant et sans danger. Je dominais parfaitement la situation ! D’ailleurs, ce n’était pas la première fois que je jouais à séduire, c’est tellement excitant ! Ca me rassure de sentir que je peux plaire aux femmes, qu’elles ne demanderaient pas mieux ! Mais cette fois, je crois que j’ai dérapé, je ne contrôle plus rien, je suis comme envoûté, ça m’enchante et me torture à la fois. C’est presque comme si j’étais drogué ! Faut dire qu’elle y a mis du sien, elle était célibataire, elle n’avait rien à perdre. Je me dis que je devrais arrêter, mais je l’ai dans la peau, c’est plus fort que moi. C’est une passion qui me ravage. Je fais très attention à ce que mon épouse ne découvre rien, j’efface toutes traces, mais je me sens de plus en plus mal. Je n’aime pas l’idée de mener une double vie et en même temps, je découvre que c’est si facile.

Je m’appelle Catherine, j’ai 33 ans, et je viens de découvrir que mon mari m’a trompée. Il avait laissé trainer son téléphone et comme j’avais des soupçons depuis quelque temps, j’ai regardé. Le sol s’est dérobé sous mes pieds. Le monde s’écroule. Tout ce en quoi je croyais n’a plus aucun sens. Au début il a tout nié en bloc ! C’est idiot, puisque j’avais des preuves ! Ensuite, il a minimisé, expliqué que ce n’était qu’un petit jeu sans gravité, récent et sans lendemain ! Il ment mal, je croyais le connaître et je découvre un lâche et un menteur ! Je l’ai pressé de questions jusqu’à ce qu’il crache le morceau ! Cela fait des mois qu’il a une relation suivie avec cette… cette… je vais dire femme pour ne pas être vulgaire… J’ai mal au plus profond de moi, mon ventre se déchire, je me sens trahie, trompée, humiliée, salie. Mes repères volent en éclats, je ne sais plus quoi faire. Je voudrais le quitter, mais nous avons une adorable petite fille et je ne veux pas qu’elle ait une vie d’enfant de divorcés, ballottée d’une maison à l’autre. Je sais ce que c’est, j’en ai assez souffert dans mon enfance. Et malgré mon immense colère, malgré ma douleur, malgré mon mépris pour mon mari, je dois dire qu’au fond de moi, je l’aime toujours… Ca fait encore plus mal… Je le hais parce que je l’aime !

Marc et Catherine cheminent depuis quelques mois sur un chemin de souffrance, de colère, de larmes, mais ils cheminent. Ils ont décidé d’essayer d’y voir clair, de se parler au-delà des cris de rage, de se comprendre malgré la trahison, de se dire ce qu’ils ne se sont jamais dit, de se regarder comme jamais ils n’avaient ouvert les yeux l’un sur l’autre. Ils ont décidé de se donner un temps pour traverser le champ de bataille sans tout faire voler en morceaux, ils ont essayé de préserver un peu leur enfant et de ne pas foncer directement vers l’éclatement de la cellule familiale.

Au début, Marc s’est écrasé, comme un coupable, mort de honte, vaincu, découvert, humilié, près à tout pour récupérer sa femme. Il a mis fin instantanément à sa relation parallèle, qui en avait perdu tout son sel, et s’est totalement investi dans la restauration de son couple. Catherine a exigé des mesures draconiennes, une transparence absolue, un contrôle constant de ses déplacements. Et Marc s’y est plié. Il était prêt à devenir l’ombre de son ombre, l’ombre de sa main, l’ombre de son chien comme le supplie Jacques Brel pour qu’elle ne le quitte pas, qu’elle ne le quitte pas… Il était évident pour Catherine que Marc devait payer. Il devait payer à hauteur de la souffrance qu’elle endurait elle-même. Cette période a été la plus noire de leur vie.

Mais petit à petit, ils ont compris que ce calcul des souffrances respectives était vain, que jamais ils n’auraient l’impression que les comptes étaient rééquilibrés. Catherine a même été tentée de tromper son mari, « juste pour qu’il sache ce que ça fait », mais c’était tellement destiné à blesser qu’elle se doutait que cela ne ferait de bien à personne, et certainement pas à elle-même.

Doucement la rage a fait place à la peine, la peine a permis un questionnement moins violent, moins vengeur, plus juste, une interrogation plus adulte sur ce qui avait amené cette crise et sur ce qu’ils voulaient vraiment faire de leurs vies propres et de leur vie de couple. Les illusions sont tombées, la réalité de la nature humaine avec ses zones d’ombre, ses démons et ses faiblesses était entrée dans leur couple et la seule issue était de considérer les choses avec réalisme, indulgence et amour. Parce que l’amour était toujours là, c’est pour cela qu’ils souffraient tous les deux. L’amour, même malmené, galvaudé, bafoué et trahi, l’amour était toujours là. Ce qui les avait attirés l’un vers l’autre, ce qui les avait soudés au fil des années, ce lien fort et doux les unissait toujours. Au fil des mois, la tendresse, petite souris timide, s’est réintroduite dans leurs gestes. Les regards de Catherine se sont faits moins meurtriers et ceux de Marc moins « chien battu ». La dernière morsure de Catherine a provoqué une vraie colère chez Marc, qui pour la première fois a osé sortir de sa pénitence et hurler qu’il n’en pouvait plus et qu’il ne voulait être condamné à payer « à vie ». Paradoxalement, cette puissance retrouvée a rassuré sa femme qui pouvait à nouveau regarder son mari avec un respect qu’elle ne ressentait plus depuis longtemps.

Laissons ces deux-là continuer leur cheminement vers une relation apaisée et solidifiée, mais tirons-en une leçon essentielle pour ceux qui ont connu les affres de la tromperie, mais qui savent intimement qu’ils s’aiment encore et ne veulent pas en arriver à la rupture définitive. Il est un temps pour la colère, c’est légitime, il faut qu’elle s’exprime, il est un temps pour la peine, les pleurs et les doutes, il est un temps pour les explications, la parole qui blesse mais aussi la parole qui soigne, puis vient le temps de tourner la page. Oublier n’est sans doute pas possible, les partenaires se souviendront toujours de cet épisode douloureux, mais tourner la page, oui, c’est possible. Faire payer « à vie » celui qui nous a trompé, c’est déséquilibrer le couple dans l’autre sens, la souffrance de celui qui doit payer devenant un jour ou l’autre plus lourde que la douleur de celui qui a été trompé, mais ce dernier, en faisant payer son partenaire, entretient aussi sa propre souffrance. C’est un mécanisme sans fin qui ne produit que deux perdants. Il s’agit maintenant de faire le deuil du partenaire parfait, le deuil d’une histoire sans nuages… Chacun peut un jour décider de s’affranchir de sa peine et ne plus camper sur sa douleur. Oui cette page noire, ce chapitre blessant de leur histoire a eu lieu, ils ne l’oublieront pas, mais leur histoire continue et eux seuls peuvent en écrire le prochain chapitre. S’ils le comprennent, ils sauront que l’épreuve les aura blessés, certes, mais aussi rendus plus forts, plus lucides et plus adultes. Oserais-je dire : plus heureux ?

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