Retour à la liste des articles

Il m'a quittée pour ma meilleure amie

Sylvie et Jean forment un joli couple depuis environ trois ans. Sylvie est passionnément amoureuse et souhaiterait que son compagnon s’engage un peu plus clairement, mais depuis quelques semaines, il est étrangement distant. Elle parle de mariage et d’enfant, mais il élude, postpose, échappe et finit par avouer qu’il a entamé une relation avec Joëlle, la meilleure amie de Sylvie !

Sylvie n’y croit pas, ce n’est pas possible, pas Joëlle ! Joëlle EST sa meilleure amie, jamais elle ne lui ferait un coup pareil, cette hypothèse n’entre pas dans les options possibles, elle doit avoir mal compris, c’est un cauchemar, elle va se réveiller… Mais non, penaud mais ferme, Jean confirme, explique, se justifie, cela a été plus fort que lui, il est vraiment tombé amoureux et rien n’a pu l’arrêter !

Sous le choc, Sylvie encaisse, elle est d’abord anesthésiée, tétanisée, un peu comme si son psychisme voulait la protéger d’une explosion atomique qui la désintégrerait complètement ! Mais ensuite, petit à petit son blindage se fendille et c’est la colère, la colère la plus douloureuse qu’elle ait jamais connue, ça hurle dans son ventre, elle aurait tant besoin du soutien de Joëlle, SA Joëlle qui sait tout et comprend tout, mais c’est elle qui lui fait tant de mal, elle et Jean, les deux personnes les plus importantes de sa vie ! Elle perd instantanément sa meilleure amie ET son meilleur ami ! Son monde se vide de toute l’amitié et de l’amour qui la nourrissait, elle est seule, vide, écrasée, elle n’est plus qu’une petit loque, un petit bout de bois qui flotte sur la rivière, qui essaye juste de tenir sa tête hors de l’eau, et d’ailleurs pourquoi faire encore cet effort, ce serait finalement plus simple de se laisser couler…

Elle reste plusieurs jours seule, recroquevillée sur elle-même, pleurant au fond de son lit, ne se lavant plus, se nourrissant à peine, espérant ne plus se réveiller le matin, ce sont les jours les plus dangereux de sa vie. Mais elle lutte, elle a toujours aimé la vie et comprend qu’elle ne peut laisser à ces deux là un tel pouvoir sur sa vie. Elle n’en est pas encore capable, mais elle sait, elle sait intimement qu’elle doit se reprendre, sortir de chez elle, demander l’aide d’autres amis. Elle n’en a pas la force, mais elle sait qu’elle le fera…

Laissons Sylvie à son chemin de reconstruction, qui fût long et douloureux, qui la renvoya à des questionnements pénibles sur sa valeur propre, sur sa féminité, blessée qu’elle était jusqu’au plus profond d’elle-même par le choix qu’avait fait son compagnon : préférer Joëlle… Laissons-la se débattre avec la trahison, l’impuissance… Jamais elle n’aurait fait pareil si elle était tombée amoureuse dans les mêmes circonstances ! Jamais !... Jamais ?

Chaque histoire est unique et il ne m’appartient pas d’y glisser mon propre jugement. Chacun en tirera ses propres conclusions, mais cela illustre qu’en matière humaine, la garantie absolue n’existe jamais, aussi pénible ce constat soit-il. Il existe heureusement des milliers de gens fiables, stables, qui ne nous trahiront jamais, qui ne retourneront jamais leur veste, pour qui l’amitié est une valeur sacrée et qui, dans la difficulté, trouveront une autre issue que celle choisie par Jean et Joëlle. Certains diront avec conviction qu’on ne TOMBE pas amoureux, mais qu’on CHOISIT de laisser le sentiment se développer, en allant lucidement boire à sa source. D’autres plaideront pour le caractère incontrôlable du coup de foudre, en disant que c’était « plus fort qu’eux », qu’ils n’ont qu’une vie et qu’ils veulent la vivre pleinement. Chacun gère ses émotions comme il peut, chacun organise ses valeurs comme il veut. Les uns refouleront leurs sentiments au plus vite au nom de l’amitié, les autres préféreront perdre leurs amis pour répondre à leurs amours… C’est un choix. Très lourd de conséquences.

« Faut dire, faut dire qu'en sortant d'une vague mourante, je les vis s'en allant comme amant et amante. Faut dire, faut dire qu'ils ont ri, quand ils m'ont vu pleurer, faut dire qu'ils ont chanté, quand je les ai maudits…

Jacques Brel – La Fanette

Réagir à cet article

Retour à la liste des articles