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La passion amoureuse peut-elle durer ?

Non.

Voilà c’est dit, autant être clair dès le début, l’état passionnel ne dure pas. Encore faut-il s’entendre sur les mots : « La passion est une émotion puissante et continue, qui domine la raison ». C’est Larousse qui le dit, mais je suis assez d’accord !

L’amour dure, oui, et varie au cours du temps. « L’amour, nous dit encore Larousse, est un sentiment très intense, un attachement englobant la tendresse et l’attirance physique entre deux personnes ». Nous voilà clairs au moins sur ces deux définitions. Mais nous contenterons-nous de cette brièveté ? Tant de livres, et avant eux de parchemins, se sont consacrés à la question. Tant de poètes, encore chantants ou disparus, nous en font l’éloge.

Nous sentons tout de suite que c’est en partie là que se situe le creuset de la question. Parce que justement, ce que chantent les poètes, c’est la passion, et lorsqu’ils pleurent c’est parce qu’elle leur échappe. Et avec eux les livres, les films, les chansons, les affiches publicitaires et les contes de fées, tout concorde à entretenir l’idée que l’amour doit être passionnel ou ne pas être.

Or la passion, ceux qui l’ont vécue le savent, nous fait pousser des ailes dans le dos, nous donne envie de chanter sous la douche, nous porte aux sommets du bonheur et plus haut encore, mais elle nous tourmente également, nous ravage et parfois nous envoie droit dans le mur ou dans les profondeurs obscures des tortures de l’âme… Est-ce si sain finalement ?

En fait, tout se passe un peu comme si, lorsque nous rencontrons une personne dont nous tombons amoureux (tombons ? Tiens déjà ce mot, c’est curieux…), quelque chose s’allume en nous face à une série de critères qui nous attirent. Pourquoi ? Devrions-nous les analyser ? Ou nous laisser porter par les mystères de l’Amour ? Ce n’est pas le propos ici.

Mais imaginons un instant que nous soyons tous composés d’une centaine de pièces, comme un puzzle. Lorsque nous tombons amoureux, surtout s’il s’agit d’un coup de foudre, qui est donc une brutale explosion amoureuse, assez immédiate, de combien de pièces du puzzle de l’autre sommes-nous conscients ? Dix ? Vingt ? Rarement plus. (J’aime sa voix, sa façon de bouger, son sourire me fait fondre, sa timidité me trouble, et le récit de son voyage était tellement passionnant… Et puis, ces chaussures rouges ! Mmmhh…) Je me trouve à ce moment dans une période de ma vie propice à l’amour, soit que je sois en manque, soit que j’en vive un qui s’essouffle, soit que je sois irrémédiablement romantique, mais c’est comme ça, boum, je « tombe » amoureux et entre dans la passion. Cela veut dire que je me mets à aimer de façon somme toute assez irrationnelle quelqu’un que je ne connais pas encore très profondément. Je l’aime de façon passionnelle parce que je sais (je sens ?) qu’il est mon Idéal, mon âme sœur, mon Autre, mon alter ego, mon complément, celui ou celle que j’attendais, qui est fait pour moi, toute cette route derrière moi n’a eu pour seul but que de me mener à lui ou à elle.

Alors là, deux possibilités : (D’accord, cette manière de décortiquer les choses de l’Amour n’est pas très romantique…) Soit cette passion est réciproque, soit elle ne l’est pas !

Si elle ne l’est pas ? Ce n’est pas le sujet de cet article, nous verrons une autre fois.

Mais si nous sommes tous deux emportés par la passion, la puissance multiplicatrice de ce phénomène merveilleux ne fait que nous confirmer l’un l’autre dans la justesse de notre choix. C’est une période bénie, ne le nions pas. Quiconque a vécu une période de passion partagée ne l’oubliera jamais. Ce sont souvent les plus belles années de notre vie amoureuse, ou disons, les plus fortes et elles nous marquent à jamais. Avec le piège que cela comporte, celui d’une référence, d’un niveau d’intensité qu’on souhaiterait infiniment retrouver…

Parfois même si la réciprocité n’est pas parfaite, la peur de perdre l’autre, de ne pas l’avoir tout à fait ne fait qu’intensifier notre passion. Le sentiment de manque, qui confine parfois à la douleur est intense et nous l’interprétons comme un signe certain d’amour…

Mais revenons à notre puzzle. Que se passe-t-il pendant cette période passionnelle ?

Prenant appui sur la vingtaine de pièces qui nous enchantent, qui nous charment (tiens, là aussi des mots à double sens…), nous n’attendons rien d’autre qu’une confirmation évidente que les 80 autres pièces nous plairont tout autant ! Nous sommes sûrs que ce sera le cas, parce que nous ne pouvons tout simplement pas imaginer autre chose. C’est ça que nous voulons, c’est ça que nous aimons. Nous aimons donc la projection de nos fantasmes. Nous aimons notre désir d’aimer, nous sommes dans notre propre besoin, dans notre besoin de fusion et d’amour inconditionnel. Comme aux temps heureux où nous étions un petit bébé qui n’avait aucune conscience du fait qu’il était un bébé ! Il se sentait merveilleusement bien dans les bras de sa maman, souriait aux anges, se sentait contenté au moindre de ses besoins, entendu, câliné, reconnu, aimé sans conditions, qu’il aille bien ou mal…

Non que nous souhaitons revenir au stade bébé, là n’est pas la question, mais au fond de tous les anciens bébés heureux s’est inscrite cette nostalgie d’un paradis perdu, que la poésie ou le langage populaire traduisent volontiers par des mots tels que « ma moitié, mon havre, ma source…» Et si cette période première de notre vie n’a pas été si heureuse que cela, elle peut aussi s’être inscrite en creux, en manque, en besoin à peine effleuré et jamais assouvi, que nous essayerons désespérément de retrouver à travers la passion amoureuse.

Dans les premières semaines, voire les premiers mois de cette relation d’amour, nous irons instinctivement vers les nouvelles « pièces » à découvrir qui nous conviennent et l’enchantement continuera. Aussi longtemps que possible. Parce que le plaisir et la joie amoureuse sont des émotions tellement merveilleuses qu’on fait tout ce qu’on peut pour les faire durer. (Sauf les saboteurs, mais ça c’est une autre histoire…)

Mais la perfection n’étant pas de ce monde malheureusement, un jour viendra où nous découvrirons une pièce « imprévue » ! Ciel !

L’amour est aveugle, dit-on. L’amour, je ne sais pas, la passion certainement. Alors, c’est que je me suis trompé, ce n’est pas possible et je referme le tiroir aussi vite. Mais les jours passent et je dois bien me rendre à l’évidence que la personne que j’ai en face de moi, dans mes bras, dans mon lit, n’est pas celle que je croyais ! Elle est différente de « mon projet », de mon idéal… Que fais-je avec cela ?

De deux choses l’une : soit, la découverte est insupportable, on commence par dire « Tu as bien changé depuis qu’on se connaît ! » avec tous les reproches que cela comporte, « Je ne te connaissais pas sous cet angle ! » Ben, forcément ! Et on rompt. Tant bien que mal. (L’Art de bien rompre, tiens voilà un autre article en vue…)

Soit la découverte est progressive et surmontable, c’est ce que l’on vous souhaite, et vous découvrez que l’être aimé est AUTRE que votre idéal, mais qu’il est formidable néanmoins et mérite certainement votre amour.

Amour… Oui, parce qu’ici, en effet, les sentiments qu’on portait à cette personne se colorent différemment, ils se nuancent de réalisme, quittent l’exaltation pour entrer dans une phase plus calme, mais sans nul doute plus profonde. Plus respectueuse aussi, parce que dans l’acceptation d’un autre vraiment autre, ne répondant pas à toutes nos attentes, mais nous apportant des cadeaux inattendus !

C’est parfois une époque fragile dans la vie d’un couple, mais elle est inévitable et nécessaire pour entrer dans la durée, dans l’engagement et nous aurons de belles années pour prendre le temps de découvrir toutes ces petites pièces que nous ne connaissons pas encore.

Surprises, surprises…

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