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Renouer avec son ancien amour…

Qu’est-ce qui nous pousserait, au détour du chemin, à être tenté de renouer avec un ancien amour, dont on s’est séparé quelques années plus tôt? L’expérience de la vie et les confidences qui arrivent dans nos cabinets de thérapeutes nous montrent que ce besoin de rapprochement arrive quasi toujours durant un moment d’inconfort, de dépression ou d’inquiétude. Soit que notre relation actuelle passe par un moment de crise, que le doute nous taraude et la tentation est grande alors d’esquiver les questions qui nous aideraient à surmonter et à comprendre pour se réfugier dans du connu, soit que la solitude affective nous déprime et la peur nous ronge quant à l’avenir…

Le contexte de notre époque nous y encourage d’une certaine manière, par ses changements fréquents et par la banalisation et l’augmentation des ruptures sentimentales. Le futur, par ses aspects encore tellement indéterminés, nous inquiète, les modèles anciens ne nous servent plus de référence, quoi de plus confortable alors que de se tourner vers le passé, vers une terre explorée ?

Chaque nouvelle relation sentimentale, avec la part d’inconnu qu’elle nous réserve est une prise de risque. Serai-je à la hauteur ? Ne vais-je pas être déçu ? Ne vais-je pas de nouveau droit vers l’échec ? Suis-je encore capable d’aimer ? N’ai-je pas trop peur de m’abandonner ? Puis-je encore m’adapter à une nouvelle personnalité, me modeler à cette nouvelle histoire ? Vais-je réussir à accepter ces petites imperfections que je découvre ? La perception du risque engendre la peur et la peur est rarement compatible avec l’ouverture à l’amour…

Retourner dans des bras connus, retrouver ces sensations qu’on n’avait pas vraiment oubliées, cette odeur, cette manière unique de faire l’amour, les bruits de la maison au petit matin, son rire, cette complicité et tout ce qui faisait le charme de cette relation nous réconforte. Effacer la nostalgie… Oublier tout ce qui nous avait fait souffrir… Home sweet home…

Ici deux scénarios sont possibles :

Le premier, celui que tout le monde souhaite, c’est l’histoire d’un couple qui n’aurait pas dû se séparer. C’était une erreur et ils le sentent au plus profond d’eux-mêmes, intellectuellement, émotionnellement et physiquement. La séparation les laissait avec un goût d’inachevé, l’impression de s’être séparés pour de mauvaises raisons. Mais c’est aussi l’histoire des rendez-vous manqués, quand l’un est prêt et l’autre pas… Finalement, ces années l’un sans l’autre leur ont vraiment permis de réfléchir, de faire le point et d’évoluer. La plaie se referme et tout est bien ainsi. Cette histoire est rare mais elle est belle et c’est évidemment celle qu’on peut souhaiter à tous ceux qui tentent leur deuxième chance, à ceux qui ont le courage de dire : « Je me suis trompé », à ceux aussi qui ont tiré de vraies leçons de cette séparation et qui savent clairement ce qu’il faut faire pour éviter une nouvelle rupture.

Le second scénario, malheureusement plus fréquent, est celui où les mêmes causes produisant finalement les mêmes effets, l’un et l’autre sont tôt ou tard replongés dans les mêmes doutes et dans les mêmes douleurs que quelques années auparavant. Parce que la mémoire parfois oublie et reconstruit, élabore le passé, l’enjolive, mêle les souhaits et la réalité. Parce que les gens ne changent pas fondamentalement et si les leçons des erreurs passées ne produisent que des efforts et pas un changement profond et intégré, chassez le naturel, il reviendra au galop ! Et ça fait mal, très mal parfois. Honte aussi, honte de s’être à nouveau laissé entraîner, laissé piéger par une histoire qui nous avait déjà tant fait souffrir. Honte de ne pas avoir retenu la leçon, de ne pas avoir entendu ceux qui parfois nous mettaient en garde, honte peut-être aussi de s’être fait manipuler…

Une seule lumière dans ce brouillard, la certitude que la séparation était saine et nécessaire et on peut espérer que cette fois le doute et le regret ne nous empêcheront plus de faire définitivement le deuil de cette personne et de cette relation. Le deuil de l’échec aussi. La déception inévitable ne doit pas nous pousser à regretter d’avoir tenté une deuxième fois notre chance, puisqu’il nous est alors donné de vérifier qu’on n’est pas passé à côté de l’Amour de notre vie. Mais si la douleur est grande, la leçon doit l’être aussi : il sera peut-être nécessaire, avec ou sans l’aide d’un thérapeute, de plancher sur quelques questions qui permettront d’éviter la répétition des scénarios d’échec : «Pourquoi suis-je revenu sur ce terrain douloureux ? Qu’est-ce que j’apprends sur moi-même ? Sur l’amour ? Sur mes besoins ? Mes limites ? Qu’est-ce qui est vraiment important pour moi ? Ai-je réellement compris les raisons profondes de cette seconde rupture ? Que dois-je en comprendre pour que cela ne m’arrive plus ?... »

Ne nous décourageons donc pas dans ces moments de peine, de rage, de tristesse, ils sont aussi des occasions de grandir, de comprendre, d’évoluer, de changer notre compréhension de l’amour, de perdre peut-être quelques illusions, mais aussi souvent de sortir des scénarios de conte de fées…

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