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Si tu m’aimais, tu comprendrais…

Elle râle, elle râle… Ca fait au moins trois jours qu’elle râle ! Quand j’essaye de me rapprocher, elle est glaçante, quand je fais mine de l’ignorer, je vois ses reproches à chaque regard, je ne sais plus comment m’y prendre et je sens que son attitude ne m’y aide vraiment pas ! C’est dur d’aller vers quelqu’un qui tire la gueule comme ça ! J’ai juste envie de la planter là ! Mais la nuit, quand elle se blottit au bord du matelas, en me tournant le dos, je sens combien elle est malheureuse. Je pense même qu’elle pleure doucement, mais je ne sais si je dois l’entendre ou au contraire la laisser tranquille.

Je me sens un peu coupable. D’ailleurs, je crois qu’elle fait tout pour que je le sois ! Mais je n’ai rien fait de mal, moi ! Si au moins elle s’expliquait ! Je n’y comprends rien. Je pourrais le lui demander, évidemment, mais je sais ce qu’elle va me répondre : « Si tu m’aimais, tu comprendrais ! » C’est ça le pire, c’est que je suis censé deviner ! Mais je ne suis pas dans sa peau, moi ! Je suis un mec, et les femmes c’est pas des « comme nous » ! Elle ne réagit pas du tout comme moi, elle est martienne parfois ! Ou vénusienne, paraît-il ! Comment faire, mais comment faire ?

« Ma chérie, je vois bien que ça ne va pas et je ne sais pas quoi faire… Je t’aime, mais je ne comprends pas. S’il te plaît, explique-moi. Même si je te connais depuis longtemps, je ne peux pas deviner ce qui te met dans cet état. J’ai besoin d’explications… S’il te plaît, parle-moi… » Oui, voilà, comme ça, ça devrait aller…

Laissons ce courageux jeune homme à ses pensées et reconnaissons qu’à titres divers, nous avons tous vécu l’une ou l’autre scène du même genre, que ce soit du côté du râleur ou de celui qui tâche de comprendre. « Si tu m’aimais, tu comprendrais » ! Cette phrase, aussi réductrice soit-elle, éveille chez nombreux d’entre nous une pointe de nostalgie. Oui, quand nous allons mal, nous aimerions être devinés. Oui, nous aimerions mieux ne pas devoir nous expliquer, d’autant plus que notre mauvaise humeur risque de nous rendre un peu confus, nous allons préférer culpabiliser l’autre un peu au-delà de ce qu’il mérite, refuser d’entendre son point de vue, bref, on connaît ça, ça risque de mal tourner ! Mais surtout, on peut penser que l’aide que l’autre nous apportera n’aura pas la même valeur si on a dû la lui demander. Une « vraie » aide, pense-t-on, ça devrait venir tout seul, sans explication, seulement par amour.

Mouais… Qui nous a aimés comme ça, inconditionnellement ? Qui comprenait nos soucis et nos inconforts sans qu’on n’ait jamais eu besoin de s’expliquer ? Notre Maman ! C’est elle (ou celui ou celle qui en a assumé le rôle) qui nous a compris, lorsque nous étions bébé, trop petit pour nous expliquer, c’est elle qui a deviné nos besoins et y a répondu. Et en général, plutôt bien que mal, sinon nous n’aurions pas survécu !

Nous tous qui sommes encore vivants et pas complètement détruits par une enfance trop pathologique, nous avons commencé notre vie avec l’aide attentive et « devinante » d’une personne qui a décodé nos besoins et y a répondu assez correctement. Pendant les premiers mois, voire les premières années de notre vie, elle a compris ce qui se cachait derrière nos pleurs : la faim, la soif, le froid, l’inconfort, la fatigue, la frustration… C’est normal et ça n’a rien à voir avec l’amour, même si ces gestes en ont été empreint la plupart du temps. C’étaient des gestes nécessaires à la survie, les mêmes que toutes les mères mammifères prodiguent à leurs petits, et que cela s’appelle instinct maternel ou amour n’y change pas grand-chose. Nous nous sommes sentis compris, devinés et ce souvenir, même s’il n’est plus conscient, reste gravé au fin fond de notre mémoire.

Mais maintenant, nous ne sommes plus des bébés, nous ne sommes pas en face de notre mère et nous sommes capables de nous exprimer. Pas de nostalgie, l’âge bébé avec ses privilèges incontestables, est révolu ! Expliquer ce qui nous peine, ce qui nous vexe ou nous blesse, parler de ce qui nous manque, de ce dont on a besoin, sera vraiment plus efficace que d’attendre d’être deviné ! A moins qu’on préfère entretenir son propre malheur ?

Le mot de la fin revient à un professeur de psychiatrie devant son auditoire : « Si j’ai besoin de sucre dans mon café, j’ai intérêt à le demander clairement, plutôt que d’attendre en tournant en silence ma petite cuillère dans ma tasse, en souffrant du fait que personne ne perçoive ma détresse ! Après quoi, je boirai un café tiède et sans sucre» !

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