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Pour le meilleur et pour le pire?

La formule est rodée, à tel point qu’on n’en mesure plus toujours la portée. Elle fait partie de l’engagement du mariage, qui est, rappelons-le, un engagement légal et public, c’est ce qui en fait la caractéristique particulière puisque par ailleurs, point n’est besoin de se marier pour s’engager à s’aimer, à se respecter, à rester fidèle, à se soutenir dans les moments difficiles, à rester honnête l’un vis-à-vis de l’autre, etc… Ces promesses-là peuvent se prendre en toute intimité, sans passer devant l’autel ou le maire, sans les rendre officielles ni publiques.

Qu’est-ce que cela change, en fait ? N’entrons pas dans les considérations religieuses qui sont, dans notre société, laissées largement à la discrétion de chacun. En revanche, les aspects strictement légaux sont codifiés et c’est souvent au moment du divorce qu’on s’en rend compte ! Ils sont là pour protéger le conjoint le plus vulnérable et les enfants. Il ne s’agit pas ici d’en faire l’inventaire, à chacun son métier, laissons cela aux notaires et aux juges !

Mon propos porte plutôt sur la notion d’engagement, en dehors de toute considération légale : à quoi s’engage-t-on lorsqu’on commence sa vie de couple ?

D’abord, il convient de souligner que beaucoup de jeunes adultes ne s’engagent à rien ! Ils « se mettent ensemble » et on verra bien… C’est un peu comme vivre avec la porte ouverte, c’est léger, aéré mais au moindre courant d’air, on s’envole ! Ce type de relation convient éventuellement aux tout jeunes couples, qui expérimentent et se sentent bien trop jeunes pour se fixer.

Par contre, à partir du moment où l’on souhaite s’installer dans la durée, il n’est pas mauvais de s’interroger sur la question de l’engagement. Il paraît en effet que le couple est tout sauf un long fleuve tranquille, qu’il traversera des moments plus difficiles et que chaque crise surmontée nous rendra plus forts. Bon ! Alors à quoi s’engage-t-on et vis-à-vis de qui ?

On s’engage à la fois vis-à-vis de soi-même et vis-à-vis de l’autre : il s’agit autant d’un contrat avec soi-même (ce que je vais faire, ce que je vais arrêter de faire, là où je mettrai mon énergie, ce que je m’engage à faire à mes propres yeux…) que d’une parole donnée à l’autre (je te promets de…). Et c’est là, autant dans l’intimité de sa propre conscience que dans l’engagement face à l’autre que s’exprimera, pour soi et pour le couple, ce qu’englobe la formule « pour le meilleur et le pire ».

Pour le meilleur, rions rions, on est tous d’accord ! Pour le meilleur, tout le monde s’engage ! La formule d’ailleurs est parfaitement idiote le cas échéant : il ne s’agit pas de s’engager, se laisser aller suffit largement quand le meilleur est à l’ordre du jour !

Mais le pire, aahh le pire… S’engager pour le pire était nécessaire à certaines époques, quand le mariage était plutôt affaire de nécessité. L’amour en faisait peut-être partie, à dose variable, mais le contrat devait tenir, envers et contre tout : contre l’usure, la guerre, la maladie, la mort, le désamour, c’était affaire de protection des enfants, mais peut-être aussi du domaine familial et des convenances.

A notre époque, s’engager pour le pire signifie peut-être qu’on ne va pas abandonner son conjoint durant les moments difficiles, quand il traversera un épisode dépressif, une maladie, un licenciement… Ceci n’est pas encore trop difficile s’il reste un peu d’amour ou de la tendresse, si le souvenir des bons moments nous aide à garder le cap et si l’on sait, qu’avec patience et compréhension, le soleil reviendra.

Mais quand le pire devient noir, quand l’amour est tari, quand la frustration est constante, quand le mensonge ou la trahison s’en mêlent, quand le pire devient l’insupportable, que dois-je faire ? Et c’est quoi, finalement, le pire pour moi ? Quelles sont les limites à ne pas dépasser ? Et si elles sont dépassées, suis-je vraiment incapable de comprendre et de pardonner ? Les enjeux ont changé, la relation a évolué, l’engagement pris il y a quelques années est-il toujours valable ? Suis-je devenu plus tolérant ? Ou moins ? Et justement, n’est-ce pas là que l’engagement devrait m’aider à traverser la crise ? N’est-ce pas à ça que ça sert ?

Bref, c’est souvent confus et « c’est au pied du mur qu’on voit le maçon » ! Engagement ou non, c’est lorsqu’on est dans la douleur, dans l’immensité de la déception, dans la colère de l’amour trahi, dans la frustration des amours mortes qu’on mesure si notre engagement nous aidera à surmonter.

L’augmentation de la fréquence des divorces et leurs procédures judiciaires récemment facilitées semblent refléter la tendance actuelle : pour le meilleur et SANS le pire ! Les couples semblent nous dire aujourd’hui : une dose acceptable de difficultés, oui, mais rester vivre dans le pire, non ! Certains tiendront plus longtemps, mettront plus d’énergie dans leurs tentatives pour « recoller les morceaux » et prendre un nouveau départ, d’autres n’y verront pas d’intérêt et retrouveront leur indépendance au plus vite. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a plus de règles valables pour tous et que le regard social se fait plus tolérant. Les engagements évoluent aussi avec les nouvelles versions du couple : familles recomposées (quels engagements vais-je prendre vis-à-vis des enfants de l’autre ?), couples de la cinquantaine (quels engagements quand il ne s’agit plus de fonder une famille et de la protéger ?).

Tout est donc à repenser, à réinventer. Les repères communs à tous sont vacillants, les normes changent vite. La notion même d’engagement « à vie » est remise en question, pour le meilleur et pour le pire, d’ailleurs ! Il ne convient pas de juger ici ces évolutions sociales, mais de réfléchir à la manière dont elles nous influencent : elles nous offrent une bien plus grande liberté (d’engagement, d’action…), mais ces choix possibles nécessitent une réflexion plus consciente et souvent renouvelée.

La question sera alors : « A quoi est-ce que je m’engage et pour combien de temps ? »…

« Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage », nous conseille sagement Boileau. Chaque crise est l’occasion de revoir ses engagements, de les modifier ou de les reprendre pour un bail. Les célébrations heureuses (Saint Valentin, anniversaires ou Nouvel An…) le sont tout autant.

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