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Si tu ne viens pas, je pars...

- Allez, viens mon chéri, on y va.
- Non, Maman, attends, je joue encore…
- Non, non, non, il est temps, on doit y aller maintenant, allez viens.
- Nooon, Mamaaan, je veux encore joueeer…
- Bon, et bien puisque c’est comme ça, moi je m’en vais et je te laisse là !

Stop. Que se passe-t-il ici ?
Cette mère veut partir, elle a ses raisons et son fils ne veut pas lâcher ses jeux. Jusque là, c’est une situation parfaitement normale. Un conflit mineur entre l’autorité de la mère et le désir de l’enfant.

Comment la mère s’y prend-elle ? Les deux premières tentatives, directes, se soldent par un échec. La mère n’obtient pas ce qu’elle veut, on imagine qu’elle pense qu’elle n’y arrivera pas de cette manière. Par ailleurs, si elle insiste, elle va pousser son enfant dans la frustration, puisqu’il aura « perdu le combat », ce qu’elle préfère éviter. Alors, elle utilise un moyen qu’elle espère plus efficace : la menace. La menace de partir sans lui et de le laisser là. Remarquons que ce moyen a aussi pour effet de ne pas entrer dans une épreuve de force avec l’enfant, la mère n’exerce pas son autorité de façon directe, mais détournée. On pourrait même dire sournoise. Au lieu d’entrer honnêtement dans son rôle de parent qui s’assume, la mère joue le jeu de celle qui s’en fiche et qui est prête à abandonner ce « vilain enfant qui n’obéit pas ».

Mais comment l’enfant enregistre-t-il cette injonction ? De deux choses l’une : soit il la croit, soit il ne la croit pas.

S’il croit sa mère, il prend peur, parce qu’il comprend qu’elle serait vraiment capable de l’abandonner, ce qui est une peur très puissante à certaines périodes de l’enfance. C’est d’ailleurs pour ça que « ça marche », il vient ! Si tant de parents utilisent ce système, c’est en grande partie pour son efficacité bien sûr, ils sont inconscients de tout ce qui se glisse entre les lignes, c’est-à-dire un message culpabilisant : « Tu n’es pas un enfant satisfaisant, je n’ai pas envie de te garder, je suis prête à t’abandonner… Tu n’as pas d’importance pour moi… Je m’en vais, je te laisse là, je peux vivre sans toi, je ne t’aime pas… » Bonjour les dégâts si ce message n’est pas compensé régulièrement par des manifestations rassurantes, destinées à lui montrer notre amour! Il n’en reste pas moins qu’il entend et reste perturbé par ces « doubles messages »…

Si en revanche il ne croit pas sa mère, il retient automatiquement que le mensonge, utilisé dans le cadre d’une menace, est autorisé ! D’autant plus que ce n’est ni la première, ni la dernière fois que ça se passe. Et ce seront peut-être les premiers pas vers l’usage de la manipulation… Pour obtenir ce qu’on veut et qui ne nous est pas offert facilement, on peut menacer, utiliser le mensonge, faire peur, ça marche. Et Papa et Maman le font, alors pourquoi je me gênerais ?

Que devait-elle faire alors ? Tout simplement affronter son enfant, calmement et fermement. Lui dire d’un ton qui ne souffre pas de riposte, que maintenant, il pose ses jouets et qu’on s’en va. C’est comme ça.

- Oui, me répondra cette maman, j’ai déjà essayé plein de fois et ça ne marche jamais…

C’est sans doute vrai, mais cela illustre que l’autorité parentale est plus efficace quand elle est mise en place dès la plus tendre enfance. L’enfant sait que lorsque le parent utilise cette voix tranquille et ferme, on obéit. Bien sûr, on a plus de chance que cela se passe bien, si on a eu l’occasion de prévenir l’enfant : « Chéri, dans 10 minutes on s’en va, termine tes jeux… » Si « 10 minutes » a un vague sens pour lui, ça aide. Lui donner quelques explications quant aux raisons du départ peut dans certains cas se justifier et aider l’enfant, mais souvent les raisons sont évidentes, l’enfant les connaît, mais il n’a tout simplement pas envie ! C’est normal pour un enfant ! Et tout ne doit pas toujours être expliqué, justifié. Au moment même, il s’agit d’obéir, avec ou sans explications. Par contre, selon l’âge de l’enfant, prendre un moment plus tard pour reparler de l’événement et lui donner calmement les explications qui l’aideraient, reste évidemment une bonne approche.

Mais quoi qu’il en soit, c’est à nous parents à assumer notre rôle de parent, qui est parfois frustrant et difficile, mais qui sert de fondement à toute la construction de nos enfants. Et affronter cette frustration n’est pas nocif pour l’enfant, au contraire. C’est un entraînement à d’autres frustrations, parfois bien plus lourdes, que la vie lui réserve, nous le savons bien.

Laissons quelques petits cailloux sur le chemin de notre enfant. Il s’entraîne pour les plus gros…

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