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Le développement psychique de l'enfant

2: Le stade anal

A la fin de sa première année et durant la suivante, l’enfant découvre la marche et la parole qui constituent deux accélérateurs de son développement. Marcher et parler mettent le turbo à sa compréhension du monde, il peut aller voir par lui-même, poser des questions, conceptualiser, ce qui va l’amener à sa deuxième grande révélation : la relation. « Je suis MOI (ça, il le sait depuis quelques mois) et je relationne ». Pardonnez ce néologisme, ce mot n’existe pas mais il faudrait l’inventer, tant il est vrai que ce jeu relationnel entre les personnes ne se traduit vraiment bien que par un verbe actif. Jusqu’à présent, il avait bien sûr une action sur nous, mais n’en était pas conscient et n’en tirait aucun profit.

Or maintenant, autour de l’âge de 2 ans, il a un passionnant terrain d’exercice qui ne ressemble à rien de ce qu’il a connu jusqu’à présent, parce que pour la première fois de sa vie, on attend de lui un comportement que personne ne peut faire à sa place, ni l’y forcer. Il est seul, avec sa conscience et sa volonté à pouvoir choisir de faire ou de ne pas faire, c’est une merveille ! Il s’agit de l’apprentissage de la propreté et c’est pour ça que cette période s’appelle le stade anal. Faire ou ne pas faire dans son petit pot est l’expérience la plus intéressante du moment, parce qu’il découvre à travers elle que les adultes attendent un comportement particulier de sa part et qu’il peut donc à loisir les satisfaire ou non, et ça, c’est une grande première !

Il peut à sa guise leur plaire ou… les emmerder et c’est pour ça que c’est ce mot-là qui décrit ce comportement de refus. Cet apprentissage est assez complexe parce que les réponses des adultes sont difficiles à comprendre pour le jeune enfant. Quand il fait caca dans son petit pot, tout le monde est content, on applaudit même et puis plouf, on le jette dans le cabinet et on tire la chasse ! Alors que quand il donne des pâquerettes, on les met dans un vase… Comment s’y retrouver ? Il expérimente tant et plus, essaye parfois de donner son caca à Maman, en mains propres ( !), pensant lui faire le cadeau attendu mais la réponse est souvent déconcertante ! C’est à la fois plaisant et dégoûtant semblerait-il, mais lui n’est pas dégoûté puisqu’il est assis dedans depuis 2 ans ! Il connaît la sensation et l’odeur qui lui sont familières, mais tout d’un coup, on s’y intéresse d’une manière étonnante et au travers de ces essais et erreurs l’enfant va se forger sa propre compréhension de la relation et tous les scénarios sont possibles. Je donne, je fais plaisir et j’ai la paix, je résiste, je refuse puis lâche ma résistance quand on ne s’y attend plus, je fais… chier (hé oui !) et grâce à tout ça, j’expérimente mon pouvoir sur l’autre. Tous les jeux de pouvoir s’installent durant cette période, c’est le stade du Non, l’enfant apprend à s’opposer, exprime sa colère et en découvre les conséquences. Il sent le pouvoir qu’ont les autres sur lui, tâche d’y résister, de s’en protéger, reste toujours sur ses gardes.

On peut comprendre que la manière dont le jeune enfant traverse cette période aura des répercussions sur sa conception ultérieure des jeux de pouvoir. Ce qui lui importera c’est qui est le plus fort, le plus puissant, qui a du pouvoir sur qui. Cette grille de lecture lui paraitra absolument normale, voire universelle. Elle explique la recherche du pouvoir, que ce soit de manière tyrannique, sournoise, déguisée, prudente, subtile ou manipulatrice, elle explique les comportements psychopathiques, violents ou non, où gagner et abattre l’autre sans souci des lois ou règlements est une lutte pour la survie. Mais elle génère aussi les attitudes de soumission, de victimisation, qui signent sans doute le fait que l’enfant a vite compris que pour être aimé, il fallait se soumettre et obéir.

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