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Le développement psychique de l'enfant

3. La période œdipienne

La traversée de la période œdipienne est différente pour le petit garçon et pour la petite fille. C’est la période où les enfants comprennent que ce ne sont pas leurs vêtements qui deviennent trop petits mais leur corps qui grandit ! Ils vont donc devenir un jour comme Papa et Maman ! Ils savaient déjà qu’ils étaient une fille ou un garçon et en avaient éventuellement vu les différences anatomiques, mais maintenant ils comprennent qu’ils vont devenir un homme ou une femme. Quelle aventure ! Quel plaisir ! « Tous ces privilèges qu’ont mes parents, je peux me mettre à en rêver » ! Et l’enfant commence à s’identifier à son parent du même sexe.

Les garçons veulent ressembler à leur père et se mettent à rivaliser et se battre avec lui, se mesurent à lui, briguent sa collection de disques ou sa voiture, ou sa femme ! Cette femme tant aimée, cette Maman, premier objet d’amour, cette Maman-sécurité, mère nourricière, va subitement se colorer autrement. Il anticipe sa future vie d’homme et elle devient femme à séduire, d’ailleurs le petit garçon annonce souvent que « quand Papa sera mort, je te marierai ! », il se love dans ses bras autant qu’il peut, lui dit des mots doux, se glisse dans le grand lit et s’installe entre père et mère, bref il est dans la conquête de la femme impossible, celle qu’il aime plus que tout et qu’il n’aura jamais pour lui tout seul, mais celle qui est toujours là qu’il soit gentil ou non, elle revient à lui chaque fois, et cet amour immense marquera la plupart des hommes à vie. Elle est à la fois la mère nourricière-sécuritaire et en plus elle devient la femme à séduire, à posséder, mais c’est un seul et même objet d’amour, il n’y a pas de trahison, donc pas de risque de perdre l’être aimé. Cette double imprégnation marque presque tous les hommes et explique en partie (ne justifie pas !) qu’ils trompent plus souvent leur femme que l’inverse, tout en leur disant que cela ne change rien à leur amour pour elle. Cela explique aussi pourquoi les hommes ont moins peur de perdre leur compagne que l’inverse. (Ceci est de la statistique, pas une accusation sexiste !)

Pour les petites filles par contre, cette période est plus complexe, ce qui va en partie expliquer leur plus grande maturité durant les années qui suivront. En effet, leur objet d’amour premier est toujours leur mère et il est important de garder cette sécurité, mais s’identifier à elle - au-delà du plaisir de se tartiner de rouge à lèvres et de glisser sur le parquet avec des hauts talons – est une opération bien plus périlleuse puisqu’il faut se mettre en rivalité avec elle pour attirer l’attention de cet être aimé et si souvent absent qu’est le père. La petite fille aussi comprend qu’en grandissant elle va avoir des privilèges que seule aujourd’hui sa Maman possède, comme de pouvoir dormir dans le grand lit avec Papa. Et ça la tente grandement ! Elle va donc découvrir la complexité des relations amour-haine, qui créent un papotage de cours de récréation que les garçons ne comprendront jamais ! Les filles discutent, tissent des liens et les défont, se rassurent et se méfient ; elles deviennent peste ou meilleure amie, bref des petits brins femmes. « Tu veux être mon amie ? Moi, je suis plus son amie. Tu sais ce qu’elle dit de toi ? Moi, je ne l’aime plus, elle est pas mon amie, et toi, c’est qui ton amie ? » Des papotes de filles, quoi ! Pendant ce temps, les garçons rigolent ou se battent. C’est tout. C’est un peu simpliste, mais c’est fondamentalement vrai.

Une autre différence majeure entre les filles et les garçons à cette période est la manière dont l’un et l’autre cherchent leur identité. Ici, c’est plus simple pour la fille qui a une multitude de choix, puisqu’à cet âge, la grande majorité des enfants est éduquée par des femmes, leur mère, grand-mère, puéricultrice et institutrice maternelle. Etre femme, c’est choisir parmi tous ces modèles et cette diversité des identifications restera visible à l’âge adulte, alors que pour les garçons, assez privés de modèles masculins dans leur petite enfance (surtout dans les familles traditionnelles, heureusement cela change), être un homme, c’est le contraire d’être une femme ! Etre un homme c’est ne pas pleurnicher, ne pas porter de jupe, ne pas se maquiller, et plus tard ce sera ne pas faire un métier de femme par exemple, alors que l’inverse n’est pas vrai. Les hommes ont aussi de notoriété publique plus peur d’être pris pour un homosexuel, alors qu’une femme n’en a cure.

A la fin de la période œdipienne, les grandes bases de la personnalité sont établies et l’enfant va traverser maintenant la période dite de latence, qui correspond à l’âge de l’école primaire. Durant cet âge de grâce, l’enfant se développe essentiellement sur le plan intellectuel et social. C’est une période féconde durant laquelle il apprend comme jamais, est curieux de tout et découvre le monde des copains. Ce n’est pas toujours une période douce, parce que se comparer aux autres est parfois source de douloureux isolement, de complexes, de solitude. Les enfants entre eux sont francs et n’ont aucune idée de combien leurs propos peuvent faire souffrir celui qui manque un peu de confiance en lui.

Suivront ensuite les différents stades de l’adolescence, mais ça, c’est une autre histoire…

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