Retour à la liste des articles

Pourquoi l’adolescence ?

C’est quoi cet âge « bête et boutonneux », au travers duquel tout le monde semble devoir passer ? Pourquoi les parents se préparent-ils à la crise d’adolescence comme si elle était inévitable ? Cette période de tension intergénérationnelle est-elle universelle ? Cela s’est-il toujours passé ainsi ?

L’adolescence est une période artificiellement créée dans notre société par le fait que l’éducation s’étend dans le temps, notamment pas une scolarité obligatoire et souvent prolongée, ce qui maintient un jeune, qui a un corps d’adulte, dans un statut d’enfant. Dès la puberté, les jeunes pourraient naturellement se reproduire, donc fonder une famille, mais depuis quelques siècles, le temps passé près des parents s’est considérablement allongé. Jadis, on se mariait bien plus jeune et la contraception n’existant pas, les longues périodes de tâtonnements amoureux non plus. Si tout allait bien, on épousait le premier qu’on aimait, et nous savons tous que l’amour commence bien tôt !

Dans les sociétés bien différentes de la nôtre, comme la société massaï par exemple, qui est organisée en classe d’âge, l’adolescence n’existe pas. Une ritualisation très importante accompagne le jeune enfant au moment de la puberté dans son passage à l’âge adulte. Dans ces cultures souvent inchangées depuis des siècles, cette transition est une des plus importantes de la vie et tout le groupe y participe. En quelques jours, tout change dans la vie du jeune qui est littéralement transporté par son clan vers l’âge adulte auquel il est initié de diverses façons. Ces rituels sont parfois assez durs, mais au moins les choses sont claires, l’enfance est terminée. Son lieu de vie est modifié, sa vêture change, ses devoirs sont renforcés, mais ses privilèges aussi. De nombreuses cultures accompagnent ce passage de modifications des organes sexuels - circoncision, excision - sur lesquels nous ne porterons pas de jugement ici mais qui indiquent clairement l’entrée du jeune dans la vie sexuelle. Tout cela lui confère à ses propres yeux ainsi qu’à ceux de son groupe un nouveau statut. Il est adulte, responsable et il peut fonder sa famille.

De nos jours, l’immensité du savoir que nous voulons transmettre à nos enfants lié à la complexité de notre société oblige les jeunes à rester sur les bancs bien au-delà de la puberté. Ils sont donc dépendants de leurs parents, ce qui maintient leur statut d’enfant, alors que le sang qui leur coule dans les veines a le goût de l’indépendance et de la liberté.

C’est là que ça coince.

Ils ont les hormones qui bouillonnent, de palpitantes envies de découvertes du corps de l’autre et du leur, mais ils doivent encore étudier, obéir et prévenir à quelle heure ils rentrent… Ils rêvent d’amour, de départs, d’avenir, mais ils doivent faire des dissertations et ranger leur chambre… Ils ne doivent pas décevoir leurs parents, mais n’ont plus toujours envie de leur plaire, ils ont besoin de leur protection, mais n’aiment plus partager leurs secrets. S’ils sont laissés libres de leurs va-et-vient, on leur reprochera de vivre « à l’hôtel », s’ils racontent leurs premières amours, on leur donnera des conseils qu’ils ne veulent plus entendre…

Pas si simple pour les parents ! Trop de contrôle et ils se rebellent, trop peu et on les perd de vue… La relation parentale les exaspère, mais les jeux de parents copains-copains sonnent faux…

Que faut-il faire pour aider nos jeunes à traverser cette période sans trop de peine ? Les conseils abondent, mais chaque histoire est unique et rien n’est plus difficile que d’être un bon parent. Alors, contentons-nous déjà des quelques règles de bon sens.

Premièrement, rester chacun à sa place. Nous ne sommes pas leurs potes, il ne s’agit pas d’une relation égalitaire, comme deux amis face à face. On est parent, ils sont enfants, une génération nous sépare. Cela ne veut pas seulement dire qu’ils restent encore toujours sous notre autorité, cela signifie aussi que c’est à nous, parents, de parenter ! C’est-à-dire de tâcher de comprendre ce qui se passe, de dénouer les fils, de trouver les mots, de rester à la fois cadrants, flexibles, compréhensifs et sécurisants.

Deuxièmement, tâcher toujours de maintenir le lien. Rien n’est plus douloureux pour l’adolescent de se sentir rejeté parce qu’il déçoit, lâché parce qu’il fait des choix qu’on désapprouve, et rien n’est plus dangereux qu’un sentiment d’abandon quand on est paumé, qu’on se sent incompris et qu’on ne trouve plus son cap.

Troisièmement, lâcher du lest. Ce n’est peut-être plus vraiment prioritaire, dans ces moments de doute et de recherche d’identité, d’enquiquiner nos enfants avec le style de leurs vêtements, la tournure de leur langage ou la manière de tenir leur fourchette… Si ça passe, tant mieux, mais n’en faisons pas un point d’honneur, c’est une vision tordue des priorités du moment.

Quatrièmement, le mode d’emploi, c’est lui qui l’a. Quand on ne se comprend plus, quand le parent ne sait plus comment s’y prendre, il est temps de créer un dialogue où le jeune a vraiment le droit, l’espace et le temps de participer à la remise en question des relations qui ne conviennent plus. Il faut une concertation bilatérale sincère, où les parents s’attèlent à recréer les conditions pour que cet ado renfermé sur lui-même sente qu’il compte vraiment et qu’on ne s’en sort plus, qu’il peut nous aider à le comprendre et qu’on va être capable de remiser nos jugements au placard…

Et si rien de tout cela ne marche vraiment bien et qu’on sent notre enfant en perdition, n’hésitons pas à consulter, même sans lui. Nous sentir compris et soutenus en tant que parents, nous aidera à voir la situation avec d’autres yeux et à accepter quelques conseils bienvenus qui, peut-être, nous permettront d’éviter la catastrophe.

Par contre, si on ne sent pas notre ado en vrai danger, ne nous en faisons pas trop. Ce conflit le construit aussi, l’aide à prendre ses distances avec le modèle qu’on lui a donné et qui, visiblement, ne lui convient pas. C’est la colère qui lui fera pousser les ailes, c’est la révolte qui lui donnera l’envie de prendre son envol, pour faire sa route à lui, avec ses propres valeurs. Comme un jeune adulte qu’il est. Et même si nous n’approuvons pas ses choix, nous savons au fond de nous que la force dont il a eu besoin pour s’affirmer, c’est un peu grâce à nous qu’il a pu la construire. Que cela nous aide à toujours lui laisser notre porte ouverte.

Réagir à cet article

Retour à la liste des articles