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Ma mère me pourrit la vie !

C’est infernal et ça dure depuis toujours ! Depuis que j’essaye de m’y opposer, depuis que je ne suis plus une petite fille qui se laisse faire de peur de la perdre, bref depuis l’adolescence sans aucun doute…

Ma mère, en fait, n’a pas de vie propre, elle vit à travers les autres, c-à-d essentiellement ses enfants. L’ennui, c’est que je ne suis plus une enfant ! Mais c’est un peu comme si elle restait « calée » à cette époque bénie (pour elle !) où nous étions, mes frères et sœurs et moi, des petits êtres aimants et flexibles, dépendants et donc assez conciliants. Manipulables, quoi !

Vers l’âge de 15 ans, j’ai commencé à lui tenir tête et très curieusement, j’ai eu la vague impression que nous entrions dans une lutte de pouvoir, comme si elle était incapable de m’accepter en tant que jeune femme qui prenait progressivement de l’autonomie, qui essayait de trouver ses propres idées. Ca lui était tout simplement insupportable et les problèmes ont commencé. Le contrôle de mes sorties, de mes coups de téléphone, je suis sûre même qu’elle lisait mon journal d’adolescente… Elle s’est mise à freiner toute velléité de m’épanouir, de devenir femme, elle critiquait mon maquillage qu’elle trouvait vulgaire, mes petits copains qui n’étaient jamais assez bons pour elle…

Puis un jour j’ai fini par quitter la maison, non sans quelques bâtons dans les roues, j’ai créé mon premier nid, en luttant contre ses intrusions perpétuelles, j’ai tâché de fonder un foyer, un couple, une famille, sans pouvoir jamais échapper à ses commentaires, ses jugements larvés, ses avis intempestifs… Il fallait qu’elle ait la clé de chez moi, pour si jamais un de mes enfants, qu’elle gardait parfois, avait besoin d’un jouet, mais un jour en sortant de mon bain un matin où je ne travaillais pas, je l’ai trouvée au milieu du living : « Oh, je ne savais pas que tu étais là ! » m’a-t-elle dit ! Ah oui ? Parce que je suis sensée lui donner mon horaire ? Mais de son côté, aucune excuse, aucune gêne, je ne suis que sa petite fille après tout, elle m’a nourrie, langée, biberonnée n’est-ce pas, ça doit bien lui donner encore quelques droits ! « Je suis ta mère, quand même ! Tu peux me faire confiance ! » Ben voyons !

J’ai 40 ans bien sonnés maintenant et elle est toujours là, à me regarder vivre, à faire ses commentaires culpabilisants, à me critiquer, toujours en douce, sournoisement, afin de ne jamais en arriver à devoir se dire qu’elle exagère. Non, elle a toujours raison, ne se remet jamais en question malgré mes si nombreuses tentatives d’explication. Personnellement, je ne lui veux aucun mal et ne souhaite qu’une seule chose : maintenir une relation agréable avec la grand-mère de mes enfants. Je n’ai épargné ni mon temps ni ma salive dans ce but, je lui ai expliqué le plus clairement possible, je le lui ai écrit aussi, gueulé parfois, mais rien, RIEN n’a marché ! C’est vraiment comme si c’était vital pour elle de me dénigrer sans cesse, de me culpabiliser. Toutes mes tentatives échouent, parce que dès que les choses vont mieux, dès que je baisse la garde, elle s’engouffre à nouveau dans la faille de ma vigilance !

Oui, je dois bien le reconnaître, elle m’empoisonne la vie et je pleure parfois de désespoir, parce que c’est ma mère, je n’en ai qu’une, mais j’en arrive à la conclusion que jamais je n’arriverai à vivre une relation simplement agréable avec elle. Sauf au prix d’un blindage hypocrite, comme le fait si facilement mon frère, mais elle le laisse bien plus tranquille que moi. C’est son aîné et elle en est si fière !

Avec moi, elle est en concurrence, elle ne supporte pas mes choix de vie, parce qu’ils la renvoient aux siens, dont elle souffre à l’évidence, elle ne peut accepter aucune voie qui pourrait un tant soit peu lui paraître « meilleure » que la sienne, comme elle n’a jamais accepté ma féminité ni ma vie de couple. Elle est la marâtre de Blanche-Neige, elle me glisse ses pommes empoisonnées derrières ses sourires faux, elle ne m’accepte pas comme je suis. Ne dit-on pas que les contes de fées qui tiennent la route au cours des siècles sont la traduction de dynamiques relationnelles courantes et universelles ?

Devrai-je comme Blanche-Neige m’enfuir au fond des bois ?

Symboliquement peut-être…

(Cet article, comme bien d'autres, prend sa source dans la vie de mes patients bien plus que dans la mienne...)

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