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Quelques comportements manipulateurs

Les manipulateurs sont à la mode, semblerait-il ! Accuser quelqu’un de manipulation est tendance et la couverture médiatique offerte par certaines émissions grand public y contribue largement, avec malheureusement une focalisation sur des exemples extrêmes qui empêchent les prises de conscience plus utiles au quotidien. Tâchons d’y mettre un peu d’ordre en passant en revue quelques comportements manipulateurs, qu’il serait heureux de détecter chez l’autre afin de s’en prémunir et sain de reconnaître chez soi afin d’y remédier, le cas échéant.

Sachons d’abord que ces comportements sont à la portée de tout le monde, et chacun peut les utiliser lorsqu’il se sent dans l’incapacité d’obtenir ce qu’il souhaite par des moyens plus francs, plus sains, plus transparents. En soi, cela ne fait pas nécessairement de nous des manipulateurs, même si ce sont à l’évidence des comportements qui par essence même créent une méfiance, un malaise dans la relation. Ce qui caractérise un manipulateur, appelé aussi dans certains cas pervers narcissique, pervers de caractère, harceleur moral etc, c’est la constance de ces comportements dès que l’auteur est en situation de tension, comme s’il lui était impossible d’agir autrement, qu’il soit conscient, semi-conscient ou inconscient de ses comportements. (Voir articles « C’est quoi un manipulateur ? »)

Les doubles messages, appelé aussi la double contrainte

Il s’agit soit d’envoyer deux messages verbaux contradictoires on un message verbal qui contredit un massage non-verbal.

Exemples :

- Un collègue : « Oui, oui, je vais m’en occuper, même si je n’ai vraiment pas le temps pour le moment… » C’est Oui ? C’est Non ? La menace est sous-entendue.

- Un patron à son employée : « Il est temps d’arrêter, rentrez chez vous, il se fait tard, vous allez être fatiguée si vous travaillez si tard… » mais chaque matin, elle retrouve une longue liste de tâches sur son bureau, qu’il lui est impossible de mener à bien dans le temps imparti.

- « Okéééé ! D’accoooord ! » dit sur un ton qui montre combien on n’est pas d’accord.

Les messages incomplets ou flous

Ils permettent de dire « Je te l’ai dit », alors qu’une partie, parfois essentielle, n’a pas été dite.

Réarranger la vérité

Bien que la vérité soit souvent difficile à définir, il s’agit de ces récits qui ne sont jamais totalement faux, mais qui soit replacent les événements dans une chronologie erronée, soit tordent un peu chaque élément ce qui donne à l’histoire un tout autre tour, soit omettent des éléments défavorables à la cause défendue, etc… Les conséquences de ce type de discours sont particulièrement sournoises, d’une part, parce que le mensonge est subtil, voire inexistant et la correction demande donc du doigté, mais surtout parce que cette correction emmène le plus souvent l’interlocuteur vers des détails et justifications qui l’éloignent de plus en plus du fond du problème, ce qui est le but (conscient ou non) du manipulateur.

Sous-entendre des menaces, sans vraiment les prononcer

Rien n’est dit, tout est sous-entendu, par le ton de la voix, par une phrase non terminée, par une question laissée en suspens, mais l’interlocuteur a bien perçu la menace et obtempère par prudence, comme si c’était son choix. C’est vraiment là qu’on perçoit la manipulation : la personne agit d’une manière qu’elle n’aime pas, sans vraiment réaliser au moment même ce qu’elle fait, ni pourquoi elle le fait. Ce n’est souvent qu’a posteriori qu’elle réalise, et souvent s’en veut, mais le mal est fait. Si elle essaye de revenir sur l’accord, cela se retourne immédiatement contre elle. Ceci est aussi un signe à prendre en compte, parce qu’en soi, revenir sur un accord n’a rien de criminel, c’est une tentative humaine de voir si on peut trouver une autre solution, ce n’est ni une menace ni un délit, et si cette tentative était tentée en dehors d’une relation de manipulation, elle aboutirait sans doute à un nouvel accord, sans que cela n’ait vraiment créé un énorme problème. Ici pas…

Parler d’une manière peu claire

Il s’agit de s’exprimer de façon confuse, brouillonne, éventuellement à voix inaudible, sans souci de se faire comprendre et surtout de ne pas vérifier si son interlocuteur a compris, l’attitude non-verbale ne l’invitant aucunement à le faire. Il peut aussi s’agir de vagues promesses, de sous-entendus tentants, de projets à venir dont on ne va pas encore parler maintenant, etc…. Si l’interlocuteur pose des questions, on lui fait comprendre qu’on verra ça plus tard, il sent qu’il va énerver, retarder, se couvrir de ridicule, on lui répond qu’entre nous, n’est-ce pas, on se fait confiance, on se drape dans sa probité avec des airs de vertu outragée, on se dit « droit dans ses bottes », bref le piège est ouvert…

Diviser pour mieux régner

Il s’agit de subtilement monter les gens qui pourraient s’unir et constituer une force, les uns contre les autres, par des remarques qui les discréditent, par des traitements de faveur qui suscitent jalousie et méfiance. On fait d’une pierre deux coups, puisqu’en même temps on a créé une dette de reconnaissance et donc un allié…

Masquer ses demandes

Plutôt que de demander simplement un service ou une aide, ce qui donne à l’auteur de la demande l’impression, vraie ou fausse, de se placer dans une position de faiblesse ou de vulnérabilité, ce qui lui est insupportable, il camoufle son besoin d’aide derrière une offre, qui paraît (étonnamment) tentante à son interlocuteur, et donc facilement acceptée. Cette stratégie, consciente ou non, est subtile parce qu’à un premier niveau de lecture, on n’en perçoit aucun inconvénient. Mais d’une part, elle crée une légère méfiance chez celui qui reçoit un cadeau qu’il n’a pas demandé et qui sent qu’il y a quelque chose de louche là-derrière, et d’autre part, parce qu’incidemment, il est placé dans une dette de reconnaissance à l’égard du manipulateur, sans véritablement l’avoir voulu, ni même perçu.

Toutes ces stratégies visent à prendre le pouvoir dans la relation, et pour y arriver, le sujet essaye, consciemment ou non, de déstabiliser son interlocuteur, de lui faire perdre sa lucidité, son libre arbitre, sa confiance en soi, et le caractère pervers de ces comportements apparaît dans leur discrétion, dans leur subtilité, leur côté sournois, le pire étant encore l’absence de conscience véritable de l’auteur, qui donc ne peut que nier et ne pas se remettre en question. Au contraire, le débat, dans ce cas de figure, se retourne toujours contre la victime, plus elle essaye de s’expliquer, plus elle s’enfonce…

Ces exemples de comportements, décrits ci-dessus, ne sont qu’une partie des diverses stratégies de déstabilisation d’une personne à l’égard d’une autre jugée menaçante et il n’est pas facile du tout d’y voir clair. Souvent les victimes se sentent partiellement coupables, ce qui ne peut qu’augmenter, par effet de spirale, la perversité de ce duo diabolique, mais le pire, c’est que cette culpabilité n’est pas toujours sans fondement, tant il est vrai que certaines victimes rejouent là un scénario masochiste inconsciemment imprimé dans le tiroir des douleurs d’enfance, avec l’espoir tout aussi inconscient d’un jour en sortir, scénario qui se répète comme une quête sans fin.

Face à elles, les manipulateurs peuvent leur paraître mauvais, voire véritablement méchants, mais une partie de l’attraction qu’ils exercent sur leurs victimes est aussi lié à la perception de leur détresse intime, très profonde, de leur fragilité masquée mais parfois perceptible, de leur désir paradoxal d’établir des relations coûte que coûte, de façon d’autant plus désespérée qu’elles aboutissent régulièrement à l’échec, ce qui par un cercle vicieux, ne fait que renforcer les moyens pervers qu’ils vont devoir mettre en œuvre pour y arriver.

Il est évident que pour quitter ce chemin de souffrances répétées, l’accompagnement par un thérapeute expérimenté est nécessaire.

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