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Stratégie, manipulation, chantage, etc...

Le terme manipulation est très à la mode ces derniers temps et on l’entend souvent utilisé à mauvais escient. On a tendance notamment à confondre stratégie, manipulation, chantage et machiavélisme.

Il faut reconnaître, il est vrai, que le terme manipulation n’a pas exactement le même sens, selon qu’on l’utilise dans le langage courant ou dans le contexte de la psychologie.

Lorsqu’on évoque le comportement d’une personne qui, en toute lucidité et sans aucun scrupule, tire sur les ficelles pour obtenir ce qu’elle veut, calcule ses coups avec une habilité perfide, le terme machiavélisme est le plus adapté. C’est le fait d’un être calculateur, parfaitement conscient de ce qu’il fait et qui en jouit. On peut souvent y voir un véritable sadisme.

Lorsque le terme manipulation est utilisé dans le cadre d’un diagnostic psychologique, il s’applique à quelqu’un qui est moins conscient de ses comportements sournois, de ses zones d’ombre et des dégâts qu’il occasionne sur son partenaire. S’il jouit de l’emprise qu’il a sur sa victime, c’est d’une manière subconsciente et qui relève plus du comportement de survie psychique. On pourrait dire qu’il agit de la sorte de façon assez instinctive, en particulier lorsqu’il se sent coincé. Il ne s’agit pas ici de l’excuser, loin s’en faut, ce sont des comportements insupportables pour celui qui en est victime, mais espérer une prise de conscience de sa part est un espoir souvent assez vain, tant qu’il n’a pas fait un bon bout de chemin thérapeutique, ce qui est rarement sa demande.

La stratégie quant à elle pourrait se définir comme un comportement intelligent, qui consiste à ne pas dévoiler d’emblée tout son jeu, dans un contexte où, en fin de compte, il n’y a rien dont on puisse avoir honte et dans un but qui ne nuit pas. Se présenter à un examen d’embauche, par exemple, relève souvent d’une stratégie où l’on sait qu’il convient de se montrer sous son meilleur jour, parce que le but est clair pour tous et les règles du jeu également. Une bonne plaidoirie d’un avocat honnête est un brillant exemple de stratégie, la déontologie agissant, on peut l’espérer, comme garde-fou.

Et qu’en est-il du chantage ? Il s’agit d’une pression morale exercée sur quelqu’un, par une menace qui comporte un aspect sournois, par exemple la révélation de faits dont il a honte. C’est un moyen perfide et peu honnête d’obtenir de l’autre quelque chose qu’il ne souhaite pas faire, quelque chose qui va le léser ou lui faire du tort. Extorquer de l’argent sous la menace de révélations d’adultère par exemple, scénario largement utilisé au cinéma. Le chantage peut aussi s’exercer uniquement par allusions, qui sous-entendent qu’on pourrait nuire à une personne chère, par exemple un conjoint ou un enfant.

C’est tout à fait différent de la pression que l’on peut vouloir exercer en toute transparence sur quelqu’un pour obtenir un résultat dont on ne doit pas avoir honte et qui ne nuit à personne, dans le cadre de l’éducation d’un enfant par exemple, à qui l’on promet une récompense (ou que l’on menace de punition) en fonction des comportements qu’on attend de lui. C’est un « deal », un contrat, assez basique parfois, mais qui ne comporte aucun caractère nuisible ni sournois.

On l’aura compris, ce qui fait la différence entre les comportements de pouvoir sur autrui qui relèvent de la perversité et les autres, c’est entre autre le caractère sournois, non assumé, perfide, honteux, alors que quelqu’un qui exerce un pouvoir sain, dans le cadre d’une hiérarchie professionnelle par exemple, ou entre parents et enfants, quelqu’un qui plaide une cause, ou qui fait preuve d’une fine stratégie, n’aura pas de mal à s’expliquer ultérieurement ou en cours de processus à une personne extérieure, parce que même si tout n’est pas dévoilé, rien n’est à cacher pour autant.

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