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L’art de s'empoisonner l'existence ... et celle des autres

Certains individus sont vraiment doués pour se gâcher la vie, et malheureusement parfois celle des autres !

Je viens encore d’en faire l’expérience au cours d’un voyage. Non seulement, le cadre clos du groupe crée, par essence même, un excellent petit observatoire des réactions humaines, mais encore, les circonstances parfois un peu dures du voyage mettent chacun sous pression et confirment cet adage comique mais si vrai :

« Si tu presses une olive, tu obtiens de l’huile d’olive. Si tu presses un citron, tu obtiens du jus de citron. Si tu presses un râleur, tu obtiens du concentré de râleur ! »

(Et ainsi de suite… Ca marche aussi avec les gentils, heureusement !)

Comment s’y prendre pour se gâcher la vie ? Je reviendrai sur cette question par rapport à la vie sociale, familiale ou professionnelle, mais centrons-nous ici sur le cadre du voyage de groupe et les diverses manières de le saboter !

1ère leçon : Critiquer tout, consciencieusement, en particulier les détails. Pourquoi les détails ? Parce que ce sont les détails qui, mis bout à bout, font le voyage, mais en ne se centrant que sur les détails, on ne se rend pas compte du travail de sape qu’on opère et la prise de conscience de « comment on contribue à son propre inconfort » est beaucoup plus lente, ça peut donc durer plus longtemps. Cela dit, l’attaque frontale, par son caractère franc et massif, a aussi son efficacité !

2ème leçon : Se concentrer sur tous les aspects inconfortables. Remarquer systématiquement tout ce qui n’est pas parfait : que la route est longue, qu’on est vraiment mal assis dans ce bus, qu’il y a trop de vent, qu’il pleut, qu’il fait trop chaud, que le repas est un peu tiède, ou trop épicé, que les matelas sont trop durs, qu’on est évidemment le dernier servi, qu’on a chaque fois la mauvaise place… Ruminer ces observations et se convaincre que ce n’est pas le lot de tout le monde ni le fruit du hasard. Peut-être même que ce serait fait exprès ?!

3ème leçon : Si l’inconfort n’est pas évident, le créer : Choisir de dresser sa tente trop près des cuisines pour pouvoir se plaindre du bruit le lendemain, éviter de mettre de la crème solaire pour pouvoir souffrir de quelques coups de soleil, refuser d’appliquer les trucs des voyageurs plus expérimentés pour éviter de se simplifier la vie… L’efficacité de ce stratagème est remarquable, parce qu’il permet de râler deux fois : d’abord lorsqu’on reçoit un conseil « ridicule » et ensuite lorsqu’on constate les dégâts liés au fait qu’on ne l’a pas suivi. Dégâts qui ne se seraient pas produits si on avait eu la liberté de choisir sans contrainte, ou si le conseil avait été donné de meilleure façon, cela va de soi ! De toute façon, c’est toujours la faute de l’autre !

4ème leçon : S’exclure du groupe des Contents pour éviter leur pernicieuse influence. Très important ce point ! Les Contents doivent donc être considérés comme idiots, sans conscience de la gravité des difficultés du voyage, ils sont aliénés à l’organisateur, sous sa coupe, manipulés et j’en passe ! Surtout ne jamais se laisser aller à penser qu’ils sont heureux de ce qui se passe et apprécient vraiment ce voyage !

5ème leçon : Faire des adeptes, créer son fan club : Pour cela, il est nécessaire de repérer les plus fragiles, ceux qui sont un peu perdus, pas franchement heureux, ceux qui ont passé une mauvaise nuit par exemple, et commencer doucement le travail de sape. Deux ou trois compliments, quelques gestes gentils et de sérieuses critiques sur le voyage et les voilà acquis à notre cause, ça fait du bien, on se sent moins seul et on s’épaule dans la frustration.

6ème leçon : Faire systématiquement tout à contretemps, avoir des besoins spécifiques et des désirs particuliers, afin de tester le seuil de résistance de l’organisateur et des participants à son droit à la liberté…

Le voyage est une merveilleuse petite société, limitée dans le temps et l’espace, où toutes les richesses individuelles s’épanouissent. Les travers aussi ! Et tous ces stratagèmes aussi pernicieux qu’efficaces qui nous ont copieusement empoisonné le voyage (et celui des autres au passage) minent probablement notre vie de tous les jours. A chacun de faire son petit examen de conscience, et quelle que soit notre conclusion sur l’origine de nos difficultés, nous sommes seuls à pouvoir redresser la barre. Avec ou sans aide.

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