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Les thérapeutes autoproclamés

En Belgique, comme dans d’autres pays d’Europe, le terme « psychothérapeute » n’a aucune valeur légale. Aussi affolant cela puisse-t-il paraître, tout le monde peut se proclamer psychothérapeute, visser une plaque sur sa porte, l’annoncer à qui veut l’entendre et nombreux sont ceux qui ne se gênent pas !

Existe-t-il une instance qui permettrait d’y voir clair ? Oui et non. Les débats officiels sur la question patinent, c’est loin d’être facile tant il est vrai que les chemins de formation n’offrent jamais une vraie garantie quant à la qualité du thérapeute. Certaines organisations ou sites fédérateurs s’attachent à faire une sélection en fonction de divers critères de qualité plus ou moins annoncés, mais il n’est pas simple de trier le bon grain de l’ivraie et en tout état de cause, c’est finalement au client (ou patient) qu’incombe la responsabilité de son choix. Même s’il est en souffrance, le patient devrait à tout moment rester responsable de l’évolution de son travail thérapeutique. S’il ressent des doutes, il ne doit pas les étouffer, il peut commencer par en parler en séance avec son thérapeute, mais s’il ne sent pas que ce débat l’éclaire, il lui est vivement conseillé de s’en référer à un autre professionnel. En fin de compte, il s’agit toujours de sa propre vie psychique, dont il reste l’ultime responsable.

Est-ce qu’une formation universitaire de médecin, de psychiatre ou de psychologue, toutes trois ayant valeur légale, confère une réelle compétence en matière de psychothérapie ? Oui et non. Bien que ce soient des études longues et sérieuses qui nécessitent et développent un solide bagage intellectuel, elles ne forment pas véritablement à la psychothérapie. Elles enseignent des tas de choses bien intéressantes, forment l’esprit à la rigueur, à la recherche, à l’esprit critique et ce n’est pas la moindre des choses, mais la formation à la psychothérapie se développe ultérieurement, avec des thérapeutes, au sein d’organismes de formation.

Ces organismes de formations offrent-ils une garantie alors ? Non, toujours pas. Bien-sûr on peut penser que les écoles qui ont pignon sur rue (et encore, qu’est-ce que cela veut réellement dire ?) présentent un peu plus de garanties que celles qui poussent et disparaissent aussi vite que les champignons des bois, mais on ne peut s’appuyer aveuglément sur cette réputation. En effet, la plupart des écoles s’autoproclament elles-mêmes et distribuent leurs diplômes ou attestations à ceux qui épousent leurs thèses, dans un esprit de cooptation. Que ce soient de petites écoles confidentielles ou de grandes et célèbres institutions, que leurs diplômes soient modestes ou qu’ils s’enorgueillissent de termes ronflants tels que « Master certifié » ni change rien. Par contre, le fait que le thérapeute peut expliquer sa formation au patient montre qu’il n’a pas à en avoir honte et s’il en a fait plusieurs et qu’elles se sont étalées dans le temps, on peut éventuellement y voir un souci de formation continue et de diversité des méthodes. C’est un critère sans doute, mais toujours pas une garantie.

Faut-il que le thérapeute ait lui-même fait une psychothérapie ? Oui, c’est certainement un bon chemin pour devenir thérapeute, s’il est associé à une ou plusieurs formations, mais là aussi, tout est laissé à l’appréciation de chacun. Quelle thérapie ? Combien de temps a-t-elle duré? Poser ces questions au thérapeute que l’on rencontre pour éventuellement travailler avec lui, n’est pas une hérésie. Même si on n’est pas vraiment capable de juger de la qualité de sa réponse, le seul fait que cette question ne le dérange pas et qu’il y réponde tranquillement est un critère de stabilité, d’honnêteté et de respect du patient.

Peut-on penser que l’âge du thérapeute est un critère d’expérience ? D’expérience de vie certainement, de compétence professionnelle, rien n’est moins sûr. Et en particulier au sein des thérapeutes autoproclamés qui pullulent avec un aplomb qui fait froid dans le dos. C’est une des raisons essentielles pour laquelle il est intéressant de demander à son futur thérapeute quel est son parcours de vie. En effet, il existe une sérieuse cohorte de personnes qui, à l’occasion d’une crise de milieu de vie, ont décidé de consulter, ont entrevu des horizons nouveaux et bénéfiques pour eux-mêmes et, émerveillés par leur propre transformation, parfois très superficielle, l’ont bien vite convertie en activité professionnelle. Ils ont appris une méthode et l’utilisent sans beaucoup de recul, s’intronisent psychothérapeute après quelques séminaires et week-ends de formations, sérieux ou charlatanesques mais à l’évidence insuffisants, alors que jusqu’à l’âge de la quarantaine, ils étaient avocat, banquier, journaliste ou commerçant… Certains publient des livres sur la couverture desquels ils affichent leur plus beau sourire (et parfois même une seconde fois au dos du livre, plus narcissique que ça, tu meurs !) dont se nourriront dans une quête effrénée de bonheur leurs proies en mal de repères, ils ont souvent des fans-clubs très largement féminins, un ego surdimensionné qui cache des failles profondes et un portefeuille glouton. N’oublions pas qu’une des difficultés de ce métier, comme pour les médecins, les kinés ou les avocats, consiste à garder une véritable déontologie quant au fait qu’on gagne sa vie grâce aux problèmes de ceux qui nous consultent ! Plus la thérapie dure, plus on s’enrichit ! Cela demande énormément de recul et de vigilance et un discours clair sur les critères qui définissent le cours d’une thérapie et sa fin.

L’omniprésence d’un thérapeute sur la scène médiatique n’est pas toujours un bon critère non plus. Bien sûr, des gens intéressants sont interrogés de temps en temps, mais certains deviennent incontournables et enfoncent des portes ouvertes, visiblement satisfaits de leurs trouvailles quand ils ne proclament pas, avec une conviction confondante, des âneries qu’ils sont les premiers à croire. Ce qui en soi, n’est pas bien grave, le problème ce sont les personnes fragilisées, à la recherche de panacée qui leur emboîtent le pas aveuglément. Consciemment ou non, ils surfent sur l’inquiétude, les peurs, le manque de repères et la soif de bonheur de ceux qui les consultent et injectent vaille que vaille leurs propres croyances et modes de fonctionnement dans les psychismes perturbés de leur clientèle malheureusement un peu trop naïve.

C’est le Mac Do de la thérapie : quelques idées faciles, de l’empathie à bon marché et des solutions à crédit. Vous rajoutez quelques bâtons d’encens et des bougies, vous affichez l’une ou l’autre image orientale ou de la musique apaisante, vous saupoudrez le tout de petites formules New Age où l’on utilisera sans connaissance profonde quelques termes qui vous scotchent les plus crédules, tels que pratiques shamaniques, chakras, corps énergétiques, vies antérieures ou sagesse ancestrale et le tour est joué ! Si la mouvance orientale n’est pas leur tasse de thé, ils ne manqueront pas non plus de raisonnements pseudo-scientifiques pour soutenir des méthodes qui, sorties d’un contexte de sécurité, sont comme des bistouris dans les mains d’un enfant. C’est souvent le cas des thérapies brèves, auxquelles n’importe qui peut se former et les pratiquer assez rapidement, sans compétences profondes. Les promesses de résultats rapides, sans véritables remises en question feront le reste.

Dit comme ça, ça pue la caricature et pourtant, lisez leurs prospectus, leurs livres grand public et vous verrez entre les lignes ou même affirmé sans vergogne, qu’ils pensent en effet que leur chemin (qui leur a été bénéfique, c’est ce qu’ils disent et je ne le mets pas en doute) leur semble bon pour tout un chacun. Si vous les avez croisés, vous les reconnaîtrez. Eux pas, recroquevillés qu’ils sont sur leur petit nombril ou trop aveuglés par leur propre aura, ou plus modestement pétris de naïveté quant aux pouvoirs de guérison que leur générosité confèrerait à leur méthode simpliste.

Après ce lynchage assumé qui s’adresse à une grande partie des thérapeutes autoproclamés et qui n’est autre qu’un appel à la vigilance et à la responsabilisation de chacun face à des pratiques aussi séductrices que néfastes, il faut néanmoins dire que dans chaque groupe de thérapeutes, aux côtés des manipulateurs et des charlatans qui peuvent véritablement s’avérer dangereux, on trouvera aussi quelques dilettantes sans véritable toxicité, avec qui on perdra son temps et son argent certes, mais peut-être pas son équilibre psychique. L’incompétence n’est pas incompatible avec la prudence, heureusement. Tant que l’histoire montre qu’il ne s’agit que d’un premier pas vers des prises de conscience qui aboutiront ultérieurement à un travail plus honnête et plus utile, on ne va pas crier haro sur le baudet ! Il faut juste espérer qu’ils aient l’honnêteté de reconnaître leurs limites et d’envoyer leur client vers des accompagnements ou prises en charge plus compétents.

Mais heureusement on rencontrera aussi parmi eux des personnes nuancées, sensibles, intelligentes et expérimentées qui, au fil d’un parcours atypique et peut-être loin des chemins officiels, ont acquis une compétence réelle qui n’a pas à pâlir devant celle de professionnels plus classiques. A chacun la responsabilité de les dénicher parmi les marchands du temple. Nous leur confions quand même une partie essentielle de nous-mêmes et, on l’aura compris, dans la faune bigarrée des « psys », mieux vaut ne pas acheter un chat dans un sac !

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