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L’appel du désert

Le désert fascine, il fait rêver, étend son étrange pouvoir d’attraction…

Retour aux origines ? Voyage en soi-même pour nous permettre de faire le plein d’énergie positive, de se recentrer, d’aller à la rencontre de son âme ? Toutes les ouvertures sont possibles dans la mouvance psy ! Chaque thérapeute t’invite avec enthousiasme à partager ses fantasmes, ses projections, ses désirs pour toi. Quels qu’ils soient, narcissiques ou généreux, subtils ou normatifs, tu rentreras sûrement au bercail plein de souvenirs de beaux moments d’émotions, tant il est vrai que c’est un lieu porteur, qu’on n’y est pas distrait et que nos âmes bousculées par la frénésie de nos vies d’occidentaux très occupés peuvent enfin y souffler, se reposer, décanter, s’interroger, évoluer…

Mais qu’y faire, dans ce lieu si vide, me diras-tu ? Yoga ou Tai-chi, méditation transcendantale ou zen, aquarelle ou travail sur la voix, le désert te servira peut-être aussi « en creux », comme s’il était effectivement vide, à louer, disponible et tu travailleras avec l’un ou l’autre animateur qui profitera de la puissance des lieux pour les transformer paradoxalement en salle de travail, où il déploiera ses techniques et exercices devant le regard amusé mais discret de ses habitants. Curieuse manière d’envahir le territoire des autres avec notre folklore, mais tu repartiras rafraîchi, ému, libéré, amusé, enrichi… Peut-être aussi un peu floué, vaguement gêné d’avoir été complice d’un grand jeu.

Les hommes du désert, peuple sauvage et fier, peuple du vent, hommes libres, hommes bleus, tous les poncifs leur ont été attribué. Qu’ils soient nobles et guerriers, pasteurs ou chameliers, ils nous fascinent, leur corps délié flottant sous les voiles, ils savent, ils sentent, ils voient, ils ont tant à nous apprendre, ils sont notre modèle… Que de projections, que d’imaginations qui empêchent la vraie rencontre !

Plusieurs fois au cours de la journée tes amis bédouins prieront, tournés vers la Mecque. En parallèle, tu seras invité par quelque gourou à faire un petit pèlerinage spirituel, l’une ou l’autre méditation, incantation, prière… Respect pour les croyances de chacun. Respect pour le chemin de ceux qui cherchent l’Eveil. L’ennui, c’est qu’ils le cherchent…

Espace de rêve, mystérieuse séduction, beauté lunaire et douce sensualité des dunes, sable chaud et courbes féminines, pitons phalliques et âpreté des roches burinées par les vents, les projections les plus romantiques de tes pôles féminins et masculins sont possibles, jusqu’au plongeon bien réel dans quelque petit lac d’eau chaude et salée, ouverture longue et impudique, cachée au creux de dunes rosées et bordé d’un friselis de roseaux ondoyants, retour aux origines. Voyages pour couples qui désirent se retrouver, se rencontrer, faire le point, c’est le désert romantique, le désert sensuel et dans l’histoire de ce couple, cette étape restera sûrement inoubliable, si elle n’est pas transposable.

Mais si c’est plutôt l’aventure qui te tente, tu feras peut-être partie de ces expéditions d’occidentaux costumés « Camel Trophy », le chèche négligemment enroulé autour du cou façon Robert Redford, qui contrôlent les lieux avec cartes et boussoles, GPS et téléphones satellites, qui veulent voir un maximum de choses en un minimum de temps, photographient, prennent, ramassent, emportent et repartent les poches pleines de cailloux, de sable, de tessons de poteries et autres pointes de flèches, qui dépouillent les lieux des vestiges de leur passé, des traces de cette vie aussi précieuse que fragile, et qui encombreront étagères poussiéreuses et tiroirs à souvenirs. Ceux-là diront, d’un air dégagé : « J’ai fait le Sahara… » et s’endormiront les yeux pleins d’étoiles. Sirènes de l’aventure en charter, folies conquérantes et délires du baroudeur des sables…

Entre facéties et fascinations, tu comprendras que le Sahara agit sur l’homme occidental comme un révélateur, à sa mesure et démesure, qu’il est le théâtre de ses désirs, la piste d’atterrissage de ses lieux communs et tu auras raison de laisser maintenant ce catalogue d’images d’Epinal fermé sur ta table de nuit, pour revenir à toi-même et te poser la question :

« Et moi, que vais-je y faire ? Y sentir ? Y chercher ? »

Et sans doute comprendras-tu que justement, il s’agit peut-être de ne rien chercher, de ne rien faire, de ne rien attendre, pour s’ouvrir à l’inconnu, ne pas passer à côté de l’essentiel et laisser fleurir l’exceptionnel… Tout simplement.

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