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J’ai vraiment pas de chance !

Qui n’a pas déjà dit ou entendu cette phrase ? Qui n’a pas eu l’impression, à l’un ou l’autre moment difficile de sa vie, que « le ciel lui tombait sur la tête » ? Que se passe-t-il dans la vie de celui qui accumule les problèmes plus vite qu’il n’arrive à les résoudre ? Pourquoi après le deuil d’un proche ou la perte d’un travail, doit-on parfois encore absorber le choc d’un divorce ou d’un déménagement, des inondations dans sa cave, une chaudière en panne et l’accident de voiture de son fils ? D’où vient cette impression que le sort s’acharne, qu’on a vraiment la poisse, comme une malédiction, bref, c’est quoi le phénomène de la série noire ?

Dans un premier temps, on n’y voit pas clair, on est incapable de décortiquer ce qui nous arrive, on a « le nez dans le guidon ». La seule chose qu’on essaye de faire, vaille que vaille, c’est absorber les chocs, tenter de résoudre un problème après l’autre, maintenir sa tête hors de l’eau… Mais à peine sorti de la vase, c’est une autre tuile qui nous écrase, on a parfois l’impression que chaque chose qu’on touche se termine en catastrophe.

Ce n’est que petit à petit, quand la tempête se calme, qu’on peut, avec un peu de recul, commencer à comprendre l’enchevêtrement des causes qui nous ont valu une telle traversée du désert.

Il arrive que ces moments épouvantables nous tombent dessus après des périodes de douceur, durant lesquelles aucun problème majeur n’avait assombri le ciel, et c’est un peu comme si on avait oublié que la vie comporte aussi son lot de malchances, d’accidents et de deuils. Et tout d’un coup, c’est l’embouteillage, on n’arrive plus à absorber ce que le tapis roulant de la vie met sous nos pas. C’est trop dur, on n’a pas le temps de digérer qu’arrive déjà le coup suivant, qu’on encaisse mal et la spirale se met en marche.

Si la première partie pouvait être éventuellement mise sous le sceau de la malchance, la suite ne l’est plus vraiment. Notre état émotionnel se dégrade, nous réagissons moins bien à des situations qu’en temps normal nous aurions gérées plus aisément, notre travail se dégrade et c’est le lit de la dégringolade professionnelle. Nous dormons mal, nous sommes stressés, notre système immunitaire s’affaiblit et c’est la porte d’entrée à la maladie. Nous déprimons, nous ronchonnons, nous sommes tristes ou en colère et notre vie de couple se dégrade…

Dans cet état de perte de repères, nous faisons souvent de mauvais choix, qui préparent les problèmes suivants. Nous manquons de lucidité, de temps et de clairvoyance, et nous enchaînons les soucis et les échecs, alors que nous ne souhaitons qu’une chose, c’est sortir du trou. Nous sentons bien que nous usons la patience de nos amis avec nos plaintes et doucement c’est le repli sur soi, l’isolement social, qui nous confirme dans notre dépréciation, notre incapacité…

Alors attention, ne nous laissons pas dériver trop loin, ne nous enfermons pas en nous-mêmes dans ces moments noirs, même si la tentation d’entrer en hibernation en espérant un vague printemps nous paraît la meilleure solution. Bien-sûr il est parfois nécessaire de s’isoler quelques temps pour faire le point, pour se retrouver, mais nous sommes les seuls à savoir si nous n’augmentons pas les risques de chute libre en restant tout seul à lécher nos plaies.

Ne lâchons pas la main des quelques amis qui nous la tendent, et si aucune main ne vient vers nous, allons les chercher là où nous serons toujours accueillis, chez les professionnels de la relation d’aide, médecins, psychothérapeutes, assistants sociaux et autres organismes d’accueil des personnes en peine.

Parce qu’il est un autre effet de la série noire, qui consiste paradoxalement à l’entretenir, tellement on a besoin d’attirer l’attention sur soi et on ne sait plus comment faire autrement. Notre besoin de reconnaissance est si peu nourri, notre envie de compassion si assoiffée que sans en prendre vraiment conscience, on se met à tourner tout ce qui nous arrive en problème, et comme un grand brûlé qui ne supporte plus qu’on lui effleure la peau, on pleure sur tout, on râle pour un rien, on se décourage à chaque caillou, pour qu’enfin une main se tende, pour qu’enfin un ami nous soutienne, pour avoir ce réconfort dont on a tant besoin. Ou pour que, seul avec soi-même, drapé dans le pauvre costume de la victime, on devienne au moins le triste héros de sa propre histoire.

C’est très difficile, reconnaissons-le, de sortir de cette spirale, et parfois l’impression d’avoir un Everest à franchir nous cloue au sol avant même de pouvoir réfléchir à la manière d’aborder l’ascension. Mais les choses ne se passent pas comme ça, il ne s’agit jamais vraiment d’une montagne infranchissable, ce n’est qu’une image qui nous enferme.

Il s’agit d’abord de réapprendre à marcher, de poser calmement un pied devant l’autre, d’accepter qu’on est en convalescence et que ce n’est certainement pas le moment de faire des choix importants. Commençons par les petits soucis, considérons-les à leur juste valeur et souvenons-nous qu’en d’autres temps nous les aurions résolus assez facilement.

Si aucune source de joie n’illumine nos efforts, créons-la. C’est le moment de se faire plaisir, de se chouchouter, de se ressourcer. Rien de grandiose peut-être, mais une petite flamme qui tient le coup et qui nous apporte sa part de bonheur. Acceptons que nous ne pouvons pas faire tous les efforts à la fois et commençons par l’essentiel. A chaque jour suffit sa peine, le reste suivra, tout doucement…

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