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La gueule qu'on tire

« On n’est pas responsable de la tête qu’on a, mais bien de la gueule qu’on tire ! »

C’est assez brutal comme intro, Sartre dit ça bien plus joliment: «L’important n’est pas ce qu’on a fait de moi, mais ce que je fais moi-même de ce qu’on a fait de moi.»

Tout ça pour dire que Oui, un jour je comprends que je n’ai pas vraiment eu de chance de naître dans cette famille, que je traine la patte à cause d’une enfance traumatisante, c’est vrai que les coups de ceinture n’ont pas servi à développer ma confiance en moi, c’est évident que je ne suis pas très gâté par la nature et que je suis loin d’être celui sur lequel les regards se posent… D’accord, c’est vrai, ça arrive. Et ça fait mal. Ca pèse lourd, comme un boulet à la patte.

Mais maintenant, qu’est-ce que j'en fais ?

Qu’est-ce que je fais de cette peur de la violence héritée de Papa, de cette horreur de me sentir contrôlé comme Maman savait si bien le faire ? Qu’est-ce que je fais de ce divorce qui me donne aujourd’hui l’impression que jamais plus je ne pourrai faire confiance ? Comment je gère ce physique si imparfait qui me fout des complexes ? Qu’est-ce que je fais de ma fragilité, de mes peurs, de mes hontes, de mon abonnement à l’échec, qu’est-ce que je fais de tout ce fardeau qui m’alourdit et m’empêche de m’envoler vers la vie dont je rêve ?

Bien-sûr je peux passer toute ma vie à pleurnicher sur mon triste sort, gratter mes plaies pour qu’elles continuent à saigner, m’apitoyer sur moi-même ou simplement me confirmer à longueur d’année que je ne suis pas capable, que je n’oserai jamais, que je n’ai pas les moyens… Je peux me soulager en maudissant les parents, l’exil, l’enfance de pauvre que j’ai subie, les sarcasmes des enfants à la cour de récréation, ces rires qui me perçaient comme des flèches, je peux décider que rester victime de mon passé n’est finalement pas une position si inconfortable… Elle m’offre pas mal d’avantages : je peux continuer à me plaindre et ça fait du bien, j’ai la compassion de mes amis, on tient compte de moi, on m’aide, à cause de ces infirmités et surtout, le plus cool, c’est que je ne dois pas me remettre en question. Si ma vie foire, il suffit de répéter que ce n’est pas de ma faute, et déjà ça va mieux !

Mais je peux aussi décider de « prendre le taureau par les cornes » et me mettre au travail. Je peux décider que ce chapitre triste, voire pitoyable de ma vie est clos. Que j’ai droit au bonheur, que j’ai droit à mener la vie qui me conviendrait mieux et que je vais m’y atteler, que je ne suis pas nécessairement abonné à ce statut de victime et que je peux décider de changer. Pour y arriver, il faudra peut-être commencer par reconnaître les dégâts de ce passé, la trace qu’il laisse encore dans mon présent et pour cela, j’aurai peut-être besoin de l’aide d’un thérapeute. Je peux y arriver seul, mais parfois c’est si dur que je me porterai sans doute mieux si je suis accompagné. Il n’est d’ailleurs pas toujours nécessaire de retourner dans le passé pour déraciner les problèmes à la base, parfois s’atteler aux comportements qui nous nuisent suffit, sans même que j’aie besoin de me soucier de leur origine. Mais parfois, « chasser le naturel, il revient au galop » et là je sens que l’effort seul ne suffit pas, il faut creuser un peu plus profond pour reconnaître combien je suis encore sous l’influence de ce passé.

Quoi qu’il en soit, que ce soit seul ou accompagné, je sais que ce ne sera pas un chemin facile tous les jours, mais ça en vaut vraiment la peine.

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