Retour à la liste des articles

Les brumes de la nostalgie

Pourquoi tant de gens sont tristes à Noël ? D’où nous vient ce vague à l’âme qui nous empêche de nous réjouir vraiment ? Je ne parle pas ici à ceux pour qui Noël est une corvée, de dinde ou de belle-maman, de messe ou de cadeaux sans âme… Non, même entourés d’êtres chers avec qui nous sommes heureux de passer cette soirée, nous la voyons parfois arriver avec un fond de tristesse, nous aspirons à ce que ça passe la plus vite possible. Sans doute parce qu’au fond de nous sommeille toujours le souvenir de nos émerveillements d’enfant devant le sapin, l’excitation au moment d’ouvrir les paquets, la féerie des bougies, l’idée du Père Noël, toute cette magie qui s’en est allée.

Gardons-nous d’idéaliser les bonheurs de l’enfance, ils ne seront plus jamais vécus avec la même spontanéité, avec la même innocence. Jamais plus nous ne retrouverons cet état de grâce originel, mais réjouissons-nous de ce qui fût, plutôt que de le pleurer.

Il en va de même pour les amours mortes, pour les passions taries, pour les amitiés perdues…Cela a eu lieu, nous avons eu la chance de connaître cet amour si fort, cette amitié si belle, cette passion qui nous a donné des ailes. Elle nous appartient et personne ne pourra nous l’ôter, mais laissons-la dans le tiroir des belles années passées et ne mesurons surtout pas la qualité de nos nouvelles aventures à l’aune de ces souvenirs. D’autant plus qu’avec le temps, nous avons tendance à les embellir, à en retirer tous ce qui les ternissait. Seuls restent les meilleurs moments, comme dans un album de photos où ne dorment que les plus beaux clichés. Le reste, plus quotidien, plus banal n’a pas été photographié et s’estompe avec les années.

Ne nous laissons pas enfermer dans les brumes de la nostalgie.

L’expérience des années nous forge et nous modifie. Jamais plus nous n’aurons la même naïveté et c’est bien comme ça. Nous perdons en effet quelques illusions au fil des ans, nous apprenons par nos échecs autant que par nos réussites, mais là aussi tant mieux, l’inverse serait inquiétant.

Oui, la force de cette passion, je me réjouis de l’avoir connue, la densité de cette amitié exclusive aussi, la féerie de ces Noëls d’enfance, je suis heureuse de les avoir vécus. Souvenirs forts, intenses, merveilleux, je les garde au chaud et je ne veux pas qu’ils me peinent par leur estompement ou leur disparition. C’est l’histoire de ma vie, c’est l’histoire de la Vie…

Je me réjouis de ce qui fût, je me sens pleine de ce que j’ai aimé, de ceux que j’ai aimés, mais ni vide, ni triste de les avoir perdus. Je ne suis pas en manque, mais en plein.

Et à celui que j’aime, je ne dis pas lorsque nous ne sommes pas ensemble: « Tu me manques », mais « Je me sens pleine de toi, de ton amour, de ton existence». Je ne vis pas en creux de ce qui n’est pas, mais pleine de ce que j’aime et de ce que j’ai aimé. Je ne regrette pas de ne pas partager cet événement avec lui, mais je me réjouis de le lui raconter plus tard. Je ne souffre pas de revenir seule sur les lieux de mes amours, mais je me berce du doux souvenir de ce que nous y avons vécu.

Les années passent, tournons les pages… Ne nous accrochons pas désespérément aux souvenirs, aussi beaux soient-ils, ils ne constituent en rien la mesure de ce qui nous attend sur les chemins de la vie.

Réagir à cet article

Retour à la liste des articles