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Jardiner m’apaise

Avant je ne jardinais pas. Jamais. Quand j’étais enfant, nous avions un jardin de taille moyenne, mais le jardinage semblait être une corvée pour mes parents. Ils avaient donc simplifié à l’extrême et l’essentiel était fait par un vieux jardinier, qui venait tous les dimanches, pendant la saison. Les parterres, sans être moches, étaient néanmoins sans aucun intérêt et le gazon représentait une sérieuse surface à entretenir. (Merci Papa de t’être échiné à le faire tondre aux heures matinales du week-end pour nous réveiller, parce que disais-tu, « l’avenir appartient aux gens qui se lèvent tôt » !) Bref, tout ça ne m’a certainement pas aidé à découvrir les joies du jardinage !

Puis, au fil de ma vie, j’ai un jour posé mon baluchon dans une charmante petite maison avec un petit jardin fort pentu. Tout ce talus était recouvert de lierre « parce que ça ne demande pas d’entretien » m’a dit fièrement l’occupant précédent. Très bien, alors je le regardais. C’est d’ailleurs à peu près la seule chose que je voyais de ma fenêtre. Et rien ne changeait. Toujours la même couleur. Pas de saison, ou à peine. Quel ennui !

Après de trop nombreux mois à observer ce talus immuable, j’ai entrepris un jour de tout arracher ! Et me revoilà face à une belle petite surface à remodeler, à habiller… C’est véritablement à ce talus que je dois la découverte du plaisir de jardiner. Il y avait un premier défi à relever : puisque c’était la seule chose que je voyais de l’intérieur de la maison, je voulais que les couleurs changent au fil des saisons et qu’il y ait toujours quelque chose en fleurs. Oui, il y a même des fleurs d’hiver, les hellébores par exemple, première surprise !

M’ont accompagnée dans cette découverte, je leur dois cette gratitude, d’abord mon gentil voisin qui m’a donné toutes sortes de boutures. Ah oui, parce que c’est un petit monde, les jardiniers amateurs ! C’est un peu comme les promeneurs de chien dans les parcs, qui papotent de leur chien, les jardiniers entre eux s’échangent des trucs et des boutures ! Et puis j’ai subi avec bonheur la contagion de la passion d’un petit pépiniériste de mon quartier, qui ne se lasse jamais de transmettre son amour des plantes : « Vous voyez, cette plante, elle est originaire de telle région, elle a besoin d’un sol assez calcaire. Elle aime garder ses racines au sec, mais elle craint le vent », et déjà j’aime cette petite plante et je n’ai qu’une envie c’est qu’elle ne se sente pas trop dépaysée chez moi !

Parce que c’est ça qui est si agréable au jardinage, c’est que si on prend soin des besoins de la plante, si on s’adapte à elle, plutôt qu’elle à nous, elle nous le rend si bien…

Mais au fond, qu’est-ce qu’un article sur le jardinage fait sur un site de psychologie ?

Eh bien, le jardinage est le support de toute une réflexion sur notre manière d’être à la vie.

- Si je m’adapte à la plante, disais-je, elle me le rend bien. C’est elle qui a son propre mode d’emploi... Tiens, et si je poursuivais cette réflexion en pensant à mes enfants ?

- Le jardinage est source de beauté. Mais quelle beauté ? Celle des magazines, du jardin d’à côté ? Quel est finalement mon sens de la beauté ?

- Même petit et apprivoisé, mon jardin me renvoie à mon rapport à la Nature. Comment la préserver, la respecter, mais surtout que nous enseigne-t-elle par son équilibre, son éternel recommencement, son courage, cette vie qui renaît encore et encore ?

- Et justement, cette force de vie, elle se manifeste tellement bien au sein d’un jardin, une petite bouture replantée au bon endroit et quelques semaines après, voici une jolie plante. Et pour les plantes grasses, si volontaires dans leur modestie, cela se produira même après un séjour de quelques jours au fond de ma poche ! (Et moi, au fond de quelle poche suis-je en train de m’oublier ?)

- Mais quelques semaines, me direz-vous ! Oui, le jardinage est école de patience. Ce n’est pas en tirant sur les feuilles de l’arbre qu’il poussera plus vite ! Chaque chose vient en son temps et chacun a droit à son rythme propre. Autant mes enfants que moi-même et dans notre société occidentale qui va si vite, oui, jardiner m’apaise…

- Mais les grandes manœuvres ou les actes plus radicaux ont aussi leur vertu thérapeutique ! Qui n’a pas éprouvé une certaine jouissance en taillant vigoureusement une plante envahissante ? Et clac, j’élague, je coupe, je rabats, comme j’aimerais tant couper ton intrusion permanente chère Maman, je rabote ce plan trop gros pour laisser de la lumière à cette fleur délicate, qui ne demande qu’à vivre, comme moi, comme la petite fille que j’étais, toujours écrasée par ce frère brillant et préféré de mes parents, et je rabats cette haie d’épineux de quelques vaillants coups de cisaille comme je voudrais tant le faire face à ce patron qui m’enferme dans un boulot pénible, et hop, et clac, aah tout ce que je voudrais faire pour changer ma vie, je le prépare, là, dans le secret de mon petit jardin…

Et quand je serai prête, vous allez voir !

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