Retour à la liste des articles

Mes amis sont formidables !

Oui, c’est vrai, mes amis sont formidables. Mais je n’ai pas toujours pu dire ça ! Non qu’avant, ils ne l’étaient point, mais peut-être parce que je ne pouvais attribuer ce terme à quiconque : « Mes Amis »… N’ayant jamais été tentée d’appartenir à un réseau, quel qu’il soit, je ne fais pas partie de ces gens qui d’emblée démarrent leur vie d’adulte avec un réservoir d’amis, ceux du groupe dont ils font partie : les amis du sport, du scoutisme, du boulot, de la paroisse, que sais-je… Je ne suis pas non plus de ceux qui souffrent en solitude, qui ont besoin de se sentir entourés à tous moments et qui donc vont activement vers les autres.

Je me souviens avoir un jour été littéralement frappée par la réponse d’un confrère à une question un peu provocante que je lui avais posée après avoir constaté à quel point il flattait systématiquement tout individu avec lequel il entrait en relation, et la cour d’admirateurs qu’il s’était constituée ; je lui avais demandé s’il n’en avait pas assez d’arroser d’engrais toutes ces fleurs qui composaient son « fan-club » et il m’avait répondu tranquillement « Pas du tout ! Et je trouve mon jardin beaucoup plus beau que le tien avec ses petites fleurs sauvages ! » La gifle ! Mes fleurs sauvages… Fallait-il que je les arrose ? Et comment ?

J’y ai beaucoup réfléchi. Ai-je de vrais amis ? Ai-je à faire quelque chose pour en avoir plus ? Qu’est-ce qui fait la différence entre un ami et un copain ? Chacun y mettra ses nuances, mais moi j’appelle « mes amis » ceux qui maintiennent le lien même quand je ne vais pas très bien, ceux qui ne me laissent pas tomber même si je ne nourris plus la relation moi-même. Les copains, parfois tout aussi sympathiques, sont ceux dont l’amitié est plus liée aux circonstances et si celles qui en faisaient le lit se défont, l’amitié s’en va ou s’oublie petit à petit en parallèle. Il n’y a rien de péjoratif à cette définition, c’est la vie tout simplement.

Certains de mes amis font partie de ma vie de façon assez soutenue, rarement une semaine ne passe sans qu’on se fasse signe, c’est le rythme qui nous convient. Mais d’autres que j’aime tout autant ne croisent ma route qu’une fois par mois ou quelques fois par an, et c’est bien ainsi. Ces rythmes sont liés à nos vies, aux circonstances, aux lieux où nous vivons…

La plupart sont des individus isolés, ils ne font pas partie d’un groupe, mais je tiens à chacun d’eux avec une profonde amitié. Certains sont entrés dans ma vie comme une évidence, sur les bancs de l’école et à jamais. D’autres se sont imposés avec douceur, petit à petit, sans que je ne fasse rien, c’est eux qui ont posé les jalons, comme s’ils m’avaient choisie. Et c’est peut-être à ceux là que revient le mérite de m’avoir fait réfléchir sur l’amitié. Il me semblait que je ne leur donnais rien de particulier, mais eux entretenaient le lien pour qu’il ne s’effiloche pas trop. Et moi, que faisais-je concrètement ?

Est-ce que je savais ce que « prendre soin » voulait dire ? Et la différence entre prendre soin de l’autre et prendre soin de la relation ? Tout en continuant à prendre soin de soi ! Tout cela était assez martien pour moi au début de ma vie d’adulte. Prendre soin d’une relation, n’était-ce pas pareil que prendre soin de l’autre ?

Certains m’aiment vraiment comme je suis, de façon plutôt inconditionnelle, et c’est si bon de pouvoir me livrer à eux en sachant qu’ils me soutiendront toujours, comme par principe ! C’est un havre, un refuge, un accueil permanent. Ceux-là me ressemblent, ressentent la vie avec les mêmes antennes, ont adopté les mêmes valeurs et me comprennent intimement. D’autres par contre me confrontent parfois, ne sont pas toujours d’accord avec mes idées, mes choix… Ils me connaissent bien mais nous ne nous ressemblons pas vraiment. Ils me regardent l’œil en coin, semblant penser « Cause toujours ! » et je sais que là, je me baratine peut-être un peu, qu’il faut soit un peu plus de clarté, soit plus d’honnêteté vis-à-vis de moi-même.

Les premiers m’ont appris combien l’amitié inconditionnelle est réconfortante, nécessaire et rassurante et j’ai pris de plus en plus de plaisir à la donner à ceux que j’aime, mais en revanche, les seconds m’ont montré combien une amitié plus lucide, plus critique, moins gagnée d’avance m’était stimulante, nourrissante, rafraîchissante et je ne manque pas de temps en temps de secouer l’un ou l’autre ami quand je le sens ronronner dans l’aveuglement.

Oui, mes amis sont formidables. Ils ont suivi les hauts et les bas de ma vie, m’ont maintenu la tête hors de l’eau quand je sombrais, ils ont partagé fous rires et fêtes surprises, mais aussi inquiétudes et chagrins. Ils ont vu passer mes passions et mes illusions, mes amours et mes envies, mes aventures et autres tranches de vie et ils sont restés par monts et par vaux, comme je reste dans leur vie, au travers des deuils et des ruptures, des gloires et des succès, des grandes victoires et des amères défaites, mais au quotidien – et c’est certainement le plus beau cadeau qu’ils m’ont fait – ils m’ont tout simplement appris à aimer.

Prendre soin de l’autre, c’est l’aimer comme il est, quand il en a besoin. Mais prendre soin de la relation, c’est la laisser vivante, avec intelligence et spontanéité bien dosées. C’est prendre soin de soi ET de l’autre, et pas seulement de soi OU de l’autre. Cette petite conjonction est loin d’être anodine et nécessite parfois l’aide d’un thérapeute pour en comprendre l’importance, pour arriver à modifier ses croyances et ses perceptions, à mettre en place une qualité relationnelle renouvelée et découvrir toute la richesse d’une relation faite de sincérité et de respect, de soi ET de l’autre.

Réagir à cet article

Retour à la liste des articles