Retour à la liste des articles

Maigrir de plaisir

Après la dinde et le chocolat, les bulles et le foie gras, c’est la dernière ligne droite avant le printemps. Les jonquilles pointent leur nez et avec elles les nouveaux régimes magiques pour retrouver sa ligne en 2 semaines et sans efforts, grâce au Docteur Miracle ou aux graines de perlimpinpin.

Notons avant tout, il est important de le répéter, que maigrir est un choix personnel qui doit répondre à un vrai besoin ou une véritable envie, et pas aux critères de la mode, caricaturés à l’extrême par d’improbables porte-manteaux ambulants qui exhibent leur corps torturé en ondulant sur les podiums des créateurs de rêves et de froufrous importables.

Il est, en cette matière, un secret qu’il faut déterrer, 90% des régimes sont voués à l’échec à plus ou moins long terme ! 90% ! Cela doit nous faire réfléchir. Tout le monde a entendu parler de l’effet yoyo et nombreuses sont les personnes rebondies qui en sont à leur 15ème régime et qui disent avoir déjà perdu 150 kilos au cours des 10 dernières années, mais en avoir repris 200 !

Pourquoi ? L’effet yoyo, qui consiste à regrossir trop facilement après une période d’amaigrissement rapide, est souvent compris à tort comme un relâchement après l’effort, qui amène la personne à remanger comme avant et à se gâter à la hauteur des privations du régime subi. Ce n’est pas toujours faux, mais on comprend maintenant qu’il existe un mécanisme de protection de l’espèce humaine, pour lequel nous sommes génétiquement programmés et qui pousse le corps à interpréter le régime comme une période de disette, après laquelle, en toute logique, il va stocker tout ce qu’on lui donne au plus vite, pour faire face à l’éventuelle prochaine famine ! Cro Magnon n’est si loin et c’est entre autre grâce à ce genre de mécanisme que l’espèce humaine a survécu. C’est le propre également de tous les régimes carencés, ceux qui tablent sur un déséquilibre alimentaire pour favoriser la perte de poids. Il convient donc, lorsqu’on souhaite maigrir, de tromper la mémoire du corps par un amaigrissement lent, d’1 à 1,5 kg par mois, pas plus.

On comprend aussi beaucoup mieux maintenant que la contrainte et l’effort agissent également comme des freins à l’amaigrissement, bien-sûr parce qu’à la longue c’est usant, mais aussi parce que de subtils mécanismes physiologiques traduisent l’humeur liée à cet effort comme un signe de crise et le corps va naturellement se mettre en mode survie, c-à-d qu’il va ralentir les dépenses et augmenter le stockage, ce qui est juste le contraire de ce que l’on souhaite. Alors qu’un amaigrissement qui s’opère dans le plaisir, dit au corps que tout va bien et sa physiologie lui permet alors de dépenser sans compter !

Le bon sens consiste donc à adopter un alimentation saine, agréable et modérée qui va nous permettre de la garder à long terme et, si nécessaire, à vie. Il nous est donné en ce 21ème siècle de vivre vieux, montrons-nous à la hauteur de cette chance en gardant un corps en bonne santé. Nombreux sont les gens qui mettent toujours la bonne essence dans leur voiture, mais qui n’apportent pas ce soin à leur propre corps !

Qu’en est-il ? Une alimentation saine est faite de produits peu manufacturés, frais, variés, de fruits et légumes de la région et de la saison (parce qu’ils contiennent ce qu’il faut pour traverser cette saison dans cette région), qui se rapproche avec bon sens de ce pour quoi notre corps est programmé. Cela ne veut pas dire que tous les produits manufacturés sont nocifs, loin de là, mais les aliments tels que la nature les produit naturellement constituent une excellente base. De plus, rappelons-nous que chaque produit préparé comporte, outre des sucres raffinés et des graisses dont nous ferions mieux de nous passer, des conservateurs, des émulsifiants, des colorants et autres produits chimiques dont on ne commence que maintenant à mesurer la toxicité, d’autant plus sournoise qu’elle figure toujours dans notre alimentation de façon combinée avec d’autres substances, qui individuellement ne sont peut-être pas menaçantes, mais qui sont infiniment plus nuisibles lorsqu’elles agissent en synergie.

Une alimentation modérée devrait idéalement répondre avec bon sens aux besoins du corps, surtout si l’on veut perdre du poids. Si on pouvait ne manger que quand on a faim et s’arrêter dès qu’on n’a plus faim, on éviterait déjà beaucoup d’excès. Manger sainement et de façon modérée, c’est aussi écouter ce dont notre corps a vraiment besoin, plutôt que de répondre aux désirs de notre bouche.

Et le plaisir dans tout ça ? Une alimentation agréable nous permet de retrouver le bon goût des aliments frais et simples, des fruits et légumes non trafiqués et qui n’ont pas séjourné dans un frigo pour leur faire faire le tour du monde en avion ou en cargo. Un légume de bonne qualité doucement cuit dans son jus et assaisonné de quelques herbes aromatiques finement ciselées, c’est un véritable régal, servi sur les plus grandes tables ! Et puis il y a nos petits caprices, ces petites choses dont on ne veut pas se passer parce qu’elles renouvellent chaque fois notre plaisir. Il ne faut pas les éliminer, mais les consommer avec un infini plaisir et, pour ce faire, les choisir de la meilleure facture, de la plus belle qualité, sans regarder au prix parce qu’on va les consommer parcimonieusement comme un privilège, avec cérémonie, lentement et respectueusement, en anticipant déjà son plaisir rien qu’à l’idée, en les dégustant tel un gourmet en petites quantités tellement c’est bon, et si la qualité est excellente, le goût restera longtemps en bouche et les bouchées pourront être petites et espacées, on n’en mangera donc assez peu pour un long long plaisir !

Réagir à cet article

Retour à la liste des articles