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Quand tout va mal

Quand le couple se déglingue, que l’amour est en berne, qu’il ou elle part avec un(e) autre…
Quand la solitude affective se transforme en désert, que je m’isole de plus en plus, que je n’ai plus envie d’autre chose que de rester sous ma couette à pleurer parce que personne ne m’aime…
Quand les amis se font rares parce que je ne les appelle plus, ou qu’ils se lassent de mes plaintes et de mon air de cocker dépressif…
Quand ceux qu’on a aimés sont morts ou perdus, pas là de toute façon…
Quand le boulot me lâche, que mes journées se font vides, que mes interviews d’embauche ne sont qu’échecs, que je n’ai plus le courage d’envoyer encore lettres et CV dans ce grand silence sans réponses…
Quand je racle les fonds de tiroir, fais du rase-mottes financier, accumule les dettes et les rappels de facture…
Quand ma famille n’est plus ni havre, ni réconfort, mais source de conflits et de frustration…
Quand l’énergie n’est plus au rendez-vous, que les nuits se font cauchemars ou insomnies, que j’ai mal à la tête, aux épaules, au dos, au ventre…
Quand je me sens moche et triste, sans envie de me laver… De toute façon, à quoi bon?...
Quand je n’ai plus faim, mais me nourris de chips et coca… Tiens, j’essayerais bien l’alcool ?...
Quand je pleure plus souvent que je ne ris, que mon cœur saigne mais que tout le monde s’en fout...

Bref quand tout va mal, que je n’ai plus rien à quoi me raccrocher, plus rien qui me donne la joie, l’énergie de vivre, quand je vois les idées noires se pointer au creux de mes nuits solitaires, que je n’ai plus envie de me lever le matin, que je préférerais même ne plus me réveiller, que me reste-t-il ? Que dois-je faire ?

- Si vraiment le danger d’en finir avec la vie devient obsédant, je n’hésite plus et je vais chercher de l’aide : je téléphone à SOS Suicide, j’en parle à mon médecin ou je vais à la garde de l’hôpital et je dis : « Je n’en peux plus »… Je dois à un certain moment reconnaître que je suis au bout du rouleau, que je ne m’en sors plus tout seul et que j’ai besoin d’aide. La « traversée du désert » est un sale passage qui peut arriver à tout le monde, l’accumulation des deuils et des malchances aussi, c’est en le reconnaissant qu’on peut mettre fin à la spirale des malheurs qui s’enchaînent en cascade… Ne rajoutons pas au tableau la honte qui nous enterre dans notre solitude. Il n’y a pas de honte à avoir, personne n’est Superman, les accidents de la vie peuvent nous assommer, nous anéantir même et que nous en soyons responsables ou non ne change rien à la difficulté de remonter la pente tout seul.

- Je ne néglige pas non plus les possibilités de consulter un psy, soit directement, soit par téléphone, mail ou chat, comme le site de psy.be me le permet. La consultation anonyme, constitue une première passerelle, prudente, progressive, qui parfois représente l’effort maximum qui m’est possible, mais c’est un fil qui me raccorde à un professionnel compétent et je tâche de ne pas le couper. Bien sûr une consultation en tête à tête aura une efficacité plus grande et lorsque le pas sera franchi, je m’y tiendrai comme à la rampe de l’escalier. Et je ne me laisse pas arrêter dans cette démarche par mes limitations financières, il existe divers services sociaux qui peuvent m’aider et des centres de consultations qui pratiquent des tarifs très abordables. De nombreux praticiens aussi ajustent leurs honoraires aux moyens des gens qui les consultent…

- Au quotidien, la première règle est une règle de santé basique mais essentielle : « Mettre un pied devant l’autre ». C’est bien souvent le seul effort possible quand tout va mal, quand je me sens profondément déprimé, mais je m’y tiens. Je mets juste un pied devant l’autre : je me lève le matin, je me lave, je m’habille, je déjeune, je vaque bravement à diverses petites tâches qui constituent mon quotidien, je mange simplement mais régulièrement et le soir je me couche à une heure raisonnable… Je vis peut-être petitement mais sagement, j’assure le quotidien, je fais calmement ce qui est à l’ordre du jour. Ce n’est certainement pas très drôle, mais cela me permet de rester en équilibre et de ne pas aggraver la situation par des actes inconsidérés ou par un laisser-aller qui aura pour conséquence de rajouter des problèmes concrets (courriers qui traînent, loyers impayés, santé qui se dégrade…) ou psychologiques (dépression qui s’auto-entretient, regard sur soi de plus en plus méprisant, coupure de plus en plus grande avec la vie active, rythme de vie qui se dérègle…) Bref, j’assure la base, le petit quotidien, le minimum vital.

- La deuxième règle à laquelle j’essaye de me tenir consiste à : « Poser chaque jour un acte qui me ramène vers un objectif de vie comme je la souhaite ». Ce petit pas quotidien, minime parfois mais que je m’oblige à faire chaque jour, variera en fonction de mes objectifs : cela peut être un courrier enfin posté (huissier, service social, facture ou service de remédiation de dettes), un coup de fil donné (ami, docteur, avocat, psy…), une inscription (club de sport, de rencontre, alcooliques anonymes…), cela peut se limiter à consulter les petites annonces, refaire son CV, appeler quelqu’un qui peut nous y aider ou encore remettre de l’ordre dans mes papiers, dans ce retard qui me dépasse, qui m’engloutit, qui représente une montagne… Je commence par déterminer mes objectifs (ou au moins un) et cela déjà constitue une tâche difficile, mais je m’y attelle. Restaurer l’état de mon corps ? Ma vie professionnelle ? Mes finances ? Ma vie sentimentale ? Quelle est ma priorité ? Qu’est-ce qui me paraît essentiel ? Qu’est-ce qui me paraît abordable ? Le premier pas possible ? Et si tout me paraît trop dur, je divise la tâche en sous-objectifs, mais je m’impose chaque jour de faire au moins un petit geste en ce sens.

- Petite cerise sur un gâteau fragile, si possible je m’impose une troisième règle : « Un plaisir par jour » ! Impossible me direz-vous, je me sens trop déprimé, le plaisir n’a plus sa place dans ma vie, j’en suis bien loin ! Je sais et c’est bien pour ça que j’en fais une règle ! Une règle ? Le plaisir ne doit pas être une obligation, me répondra-t-on ! Qu’à cela ne tienne, l’appétit vient en mangeant et comme lui doucement le plaisir reviendra. Je me parle comme si j’étais mon meilleur ami, je me chouchoute, je m’offre un moment de joie, de plaisir, quel qu’il soit, même minime. Et c’est TOUJOURS possible, même sans le sou ! Un acte banal peut se transformer en plaisir si j’y mets la forme. Chaque jour je me pose la question : « Quel sera mon plaisir du jour ? » Je le détermine, j’y pense à l’avance, je me réjouis, je m’y prépare… Cela peut être simple, une promenade au parc pour aller respirer les senteurs du printemps, faire mes courses au marché comme si j’étais en vacances, en parlant avec les vendeurs, prendre un bon bain avec de la mousse ou des huiles parfumées, prendre soin de mon corps parce que c’est l’écrin de mon esprit, m’offrir une petite gâterie alimentaire et la savourer avec délice, m’asseoir sur un banc public et sentir le soleil qui me réchauffe, écouter ma musique préférée allongé sur le lit ou en dansant tout seul au milieu du living, changer les meubles de place et m’offrir ainsi un nouveau salon gratuit, bazarder enfin toutes ces vieilleries qui m’encombrent, tout ce passé qui m’alourdit, classer mes photos de vacances, m’offrir un petit cadeau, un bouquet de fleurs…

Courage ! J’y arriverai ! Pas à pas, je sortirai de ce marasme…Je ne suis pas seul à devoir le faire, d’autres sont passés par là et s’en sont sortis. Je me prends par les épaules et je m’encourage à mettre un pied devant l’autre. Je glisserai parfois de nouveau, je tomberai encore, mais je ne lâcherai pas la rampe et, marche après marche, je retrouverai le sourire, la lumière, l’aisance, l’amour…

(*) le Centre de prévention du Suicide offre à toute personne confrontée d’une manière d’une autre au suicide une écoute téléphonique 24h/24, dans l’anonymat, au 0800.32.123 (appel gratuit) un forum d’expression libre, des entretiens individuels de crise après une tentative de suicide, un accompagnement du deuil suite au suicide d’un proche soit en individuel, soit en groupe), des ateliers d’expression à médiation artistique, un groupe de parole pour parents d’adolescents confrontés aux problématiques du suicide.

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