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Couper la poire en deux

Couper la poire en deux est une option souvent proposée lorsqu’un conflit oppose deux personnes qui ont des désirs divergents. Souvent, c’est la solution du bon sens, la « voie du milieu » diront les adeptes des philosophies orientales

Il y a eu malentendus, négociations embrouillées, erreurs des deux côtés ou intérêts différents et l’issue qui semble finalement limiter la casse sera de transiger en choisissant une solution qui n’est certes pas parfaite, mais qui ne lèse profondément ni l’un ni l’autre. C’est la solution du compromis et comme on dit chez nous : « Un mauvais compromis vaut parfois mieux qu’un bon procès », dicton typiquement belge qui sous-entend que la voie du tribunal, outre le fait qu’on n’en connaît jamais vraiment l’issue aura de toute façon coûté du temps et de l’argent, sans parler des nuits blanches et autres crampes au ventre.

Cependant, il existe maintes histoires où l’on sent bien que la poire en deux n’est pas saine, n’est pas la meilleure voie et que sous l’allure d’un compromis apparemment équitable, elle recèle sa dose de perversion, de manque de clarté, de raisonnements tordus ou diffuse un relent d’injustice qui nous ramène à la loi du plus fort. La lutte contre cette dernière, qui a largement court dans le monde animal, est une des clés de notre civilisation, il me semble…

Certains conflits, qui ne peuvent se résoudre de cette manière, sont de l’ordre du Jugement de Salomon. Rappelez-vous ce grand roi d’Israël, qui pour trancher un différent qui opposait deux femmes qui se disputaient un bébé, décida de trancher celui-ci en deux, ce qui fit renoncer l’une d’elle, en qui Salomon reconnut la vraie mère et à qui sagement il rendit l’enfant. Ce mythe fondateur symbolise une situation où l’équité entre parties semble impossible et qui oblige l'une d'elles au moins à changer sa stratégie.

Un autre type de situation que la poire en deux ne résout pas de façon équitable relève des jeux pervers entre individus : prenons le cas d’un don, d’un engagement d’une personne vis-à-vis d’une autre, par exemple en vue d’effectuer un travail ou de payer une certaine somme. Les deux parties se sont mises d’accord, mais dès les premiers pas de la réalisation de cet engagement, l’engagé se dédit, au détriment de l’autre, à qui il va ensuite proposer, pour se dédouaner de sa volte face, de couper la poire en deux, et donc de n’effectuer qu’une partie des travaux par exemple, ou de n’octroyer que la moitié de la somme promise. Celui qui a été lésé, aura peut-être tendance à accepter, se disant qu’il limite les dégâts, mais outre le fait que certains projets sont dès lors impossibles à mener à bien, cette acceptation amène une dette (de gratitude ou d’argent) à l’égard de quelqu’un qui vient quand même de lui faire un sale coup… Pour arriver à digérer cette contradiction, il aura peut-être tendance à refouler l’impact de l’outrage, voire à le nier, ce qui ne fera que confirmer ou augmenter son manque d’estime de lui-même. Sinon, il rongera son frein, pestant contre le piège qui s’est ainsi refermé sur lui.

Il importe donc alors de réfléchir à d’autres issues. Ces situations sont souvent assez complexes, recèlent des aspects matériels et psychologiques qui s’entremêlent et il convient de plancher sur les issues « gagnant-gagnant », celles où chacun s’en sort content. Il ne s’agit plus de prendre soin de soi (je veux tout) OU de l’autre (je comprends son point de vue et je m’y plie), mais de prendre soin de soi ET de l’autre (comment trouver une solution qui protège ses intérêts ou besoins ET les miens). Cette option est souvent possible parce que chaque histoire recèle sa part de complexité et les besoins de chacun ne sont pas nécessairement symétriques et donc incompatibles. Pour cela, si la situation n’est pas irrémédiablement compromise, on peut essayer de comprendre quels sont les besoins, les difficultés et les limites de chacun et négocier en fonction, afin de trouver un accord qui aura le mérite de satisfaire les deux parties et dès lors de maintenir entre elles une relation de bonne qualité.

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