Retour à la liste des articles

La manne de repassage

Parfois, j’ai envie de me prendre la tête en écoutant des couples, en thérapie, se disputer pour des questions de ménage ! « Il est censé faire la vaisselle, mais ça traine toujours dans l’évier ! » « Je sais que c’est ma responsabilité, mais alors laisse-moi la faire à ma manière, quand ça m’arrange ! » « Oui mais alors je ne peux pas utiliser correctement la cuisine et ça me dérange ! » « Si ça te dérange, fais-la toi-même ! » « Oh, ça c’est un peu facile ! » « Non ! Ca n’est pas facile du tout, tu n’es jamais contente, il faut toujours que ce soit fait comme toi tu veux, quand toi tu veux ! » Etc etc etc.

Parfois, j’entends des mères surchargées, se désoler de ne pas avoir assez de temps à consacrer à leurs enfants parce qu’elles ont encore deux ou trois mannes de repassage en attente. « Trois mannes ! leur dis-je, mais qu’avez-vous donc à repasser ? » « Ah, mais moi j’aime que tout soit bien propre et en ordre ! » « Je comprends ça, mais qu’y a-t-il dans vos trois mannes ? » « Oh, ce ne sont encore que les dernières lessives, mais moi, je repasse tout ! » m’assène-t-elle, comme s’il s’agissait d’un engagement moral universel et incontournable. « Tout ? Mêmes les draps et les chaussettes ? » « Non, pas les chaussettes des enfants ! Mais tout les reste, oui ! » répond-elle fièrement.

Ce ne sont pas des mères au foyer qui me parlent comme ça, celles-là ont fait un choix qu’elles assument comme elles l’entendent, ce sont des femmes qui travaillent, qui jonglent avec des horaires de dingue, qui courent toute la journée, qui ponctuent toutes leurs phrases par le mot « vite » : « On va vite chez le dentiste, prends vite ton sac de gym, je vais vite me brosser les dent, je donne vite un petit coup de fil », bref ces femmes qui compriment deux vies en une !

Que de tracas pour ce sacro-saint ménage ! Que de prises de têtes pour des histoires de vaisselle ou d’aspirateur ! Que d’embrouilles pour de la poussière ou des faux-plis ! Cela en vaut-il vraiment la peine ?

Qu’est-ce qui est vraiment prioritaire dans votre vie ? Qu’est-ce qui compte vraiment pour vous ? « Mes enfants ! » répondent-elles toutes en cœur ! « Mon couple ! L’amour ! La santé ! L’amitié ! » Tous sont d’accord pour défendre ces priorités, mais que voit-on ? Des tensions entretenues à longueur d’années par des histoires de nettoyage ou de rangement ! Des femmes, ou des couples obsédés par des piles de linge un peu brouillonnes ou des traces de gouttes sur les verres !

Alors, de deux choses l’une :

- soit vous reconnaissez dans votre for intérieur que ce sont des petites armes destinées à culpabiliser l’autre, que ce sont des excuses bienvenues pour ne pas vous consacrer à l’essentiel, pour continuer à vous plaindre, pour exercer une pression sur votre entourage, et vous n’avez aucune intention de changer. Dans ce cas, ma foi, bonne continuation, chacun sa vie !

- soit ce n’est vraiment pas important pour vous, vous confirmez que ce qui est essentiel, c’est de bien vous occuper de vos enfants, de votre couple et de vous-même, et alors, retroussons nos manches et organisons-nous autrement !

Premier conseil : simplifier, simplifier, simplifier. On ne peut gérer une vie professionnelle, une famille et un ménage sans lâcher du lest. Les choses doivent être bien faites, sans plus. Inutile de vouloir tout faire parfaitement, trop, c’est trop. On applique la règle des 80/20 : cette règle bien sympathique dit que, de manière générale, pour la plupart des choses, on a besoin de 20% d’énergie pour atteindre 80% du résultat. Avouez que c’est déjà pas mal ! Pour obtenir les 20 derniers pourcents du résultat, c’est-à-dire la perfection, il faudra déployer encore 80% d’énergie ! Cela en vaut-il vraiment la peine ?

Deuxième conseil : Dégager, dégager, dégager. Désencombrer les placards, vider les garde-robes trop pleines, se débarrasser du superflu. On ouvre l’armoire à vêtements et on bazarde tout ce qu’on n’a pas mis les 2 dernières années. (Sauf l’une ou l’autre exception pour les mariages et les enterrements, OK !) Pour le reste, concluons honnêtement que si on n’a pas mis ces vêtements, c’est que chaque fois que l’occasion s’en présentait, on a préféré une autre tenue, et ça ne changera sans doute jamais. Hop, des sacs pour les bonnes œuvres. Non, on ne les garde pas dans le débarras pour une éventuelle brocante, (sauf si c’est le hobby du dimanche), on ne gagne vraiment pas grand-chose sur les vêtements et on perd beaucoup de temps. Idem pour les électroménagers qu’on n’utilise jamais, les nappes, les vases, la vaisselle superflue, les jouets oubliés, les vélos trop petits, les médicaments périmés, les flacons dans la salle de bain, les boîtes à chaussures de vieux courriers inutiles ou de photos qu’on ne triera jamais, et tous ces objets reçus qui encombrent nos étagères et prennent la poussière. Et donc augmentent le travail du ménage ! Si quelque chose a vraiment de la valeur, on le met dans un point de dépôt-vente. Et les souvenirs ? On les garde dans son cœur !

Pourquoi un tel dégraissage ? Parce que chaque objet occupe de l’espace, qu’on chauffe, qu’on paye, qu’on doit nettoyer, et ce sont tous ces petits gestes mis bout à bout qui nous pompent du temps, de l’argent et de l’énergie. Mais aussi juste pour découvrir cette agréable sensation d’espace, de frais, de lumière… Ca apaise, ça calme…

Troisième conseil : Ranger et organiser. Les objets qu’on a vraiment choisi de garder, parce qu’on les aime beaucoup ou qu’ils nous sont vraiment utiles, doivent avoir une place logique et connue de tous. Placés au bon endroit, leur usage est simplifié. Ils doivent être à portée de main pour qu’on puisse les utiliser facilement. Et tous les membres de la maison doivent en connaître la place (finis les « Mamaaan, où sont mes bottes ? » etc.) et s’habituer à les remettre chaque fois à leur place. Un bon truc : garder l’objet en main tant qu’on ne l’a pas déposé à sa place. Ne pas le déposer n’importe où pour le ranger plus tard. Ainsi, on ne fait qu’une seule fois le geste du rangement.

Quatrième conseil : Prendre des décisions de gestion quotidienne, logiques, cohérentes qu’on ne doit pas remettre en question à chaque application. Les membres de la maison s’accordent sur « qui fait quoi ». Si les enfants sont jeunes, ce sont les parents qui décident avec bon sens. Si les enfants sont plus âgés et de bonne volonté, ils peuvent avantageusement participer à des petites réunions fonctionnelles de répartition des tâches. Ensuite, on s’y tient sans discuter. Si les décisions prises s’avèrent intenables, on refait une réunion familiale et on rediscute. Mais pour le bonheur général de la famille, on s’engage à ne pas rechigner chaque fois qu’on doit se mettre au travail.

Cinquième conseil : Déléguer. Si les membres de la famille sont trop occupés par leurs fonctions prioritaires (métier, études, etc.) ou si les charges ménagères incontournables leur mangent le peu de temps qu’ils ont pour des loisirs sains ou du repos nécessaire, on délègue. On utilise les services d’aide à domicile, de nettoyage, de livraison de courses, de repas préparés, etc. En cette matière, tout existe. Mais tout se paye, me direz-vous ! Pas sûr… Avec un peu de créativité, des relations de quartier, quelques amis, on peut trouver des solutions gratuites ou bon marché, du covoiturage, des achats groupés, du bénévolat, du troc, bref de l’entraide.

Allez, le week-end prochain, on retrousse ses manches et on désencombre sa vie ! On n’en a qu’une, et, avouons-le, elle vaut bien mieux que des disputes pour de la vaisselle sale ou du linge en attente !

Réagir à cet article

Retour à la liste des articles